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UN GRAND ARTISTE

Le jeudi 23 juin 2011 à 11:38, posté par raoul · 223 lectures

UN GRAND ARTISTE

Nous avions sauvés les oiseaux. Patrick avait sauvé le sien d’oiseau, moi j’avais sauvé le mien d’oiseau. De la mort nous les avions sauvés, du malheur opaque de l’ombre qui enveloppe les oiseaux. De la mort de l’ombre qui tue. Les oiseaux nous les avions ramenés de cette ombre opaque. Patrick le sien qu’il avait décollé de la mort gluante, plume après plume. Je lui criai – attention tu vas décoller ses ailes. Patrick une à une décollant les ailes noires de l’oiseau qu’il déployait comme un éventail de la mort. L’oiseau qui le regardait d’un œil, petite tête d’épingle brillante dans le marasme de la mort. L’oiseau disant – oui, en clignant de l’œil, merci Patrick. Et moi aussi des oisillons j’en avais sauvés. Des oisillons pas plus gros que le pouce, des oisillons comme une boule, des fœtus, des crottes encore chaudes. Nous avions rapporté tout ça au tournage, à la production. A la production de tournage qui allait soigner les oiseaux. Et les photographes s’agglutinaient comme d’autres oiseaux prédateurs avec leurs caméras et leurs flashs mitrailleurs. Les photographes photographiaient notre exploit. Nous passâmes derrière les barrières avec nos ombres d’oiseaux dans les mains. Nous les déposâmes, ombres malheureuses brisées dans les cages de la production. Et Patrick revenant devant les photographes en pleurant. Patrick défiguré de colère. Patrick voulant hurler mais rien ne venait. Patrick qui pleurait adossé au mur. Avec ses yeux rougis, son teint pâle et ses cheveux bouclés tombant dans ses yeux. Tragique Patrick que les photographes mitraillaient. Lui si comique, Patrick rigolo, pour une fois il pleurait pour des oiseaux. Patrick Rigolo. Scoop pour la presse. Scoop pour la société des images. Patrick Rigolo pleurant, hurlant, exultant de colère ne voulait pas de scoop – Laissez donc vivre ces oiseaux en paix, criait-il. Il ne voulait pas franchement les ramener à la production. Il ne faisait pas confiance à la production. Il voulait rendre leur liberté aux oiseaux. Sauvés de la mort visqueuse du fioul ils allaient maintenant périr de la mort sociétale. Les photographes aimaient photographier la colère blessée de Patrick Rigolo. Photographier le célèbre Patrick Rigolo qui se laisser aller à ses émotions. Scoop scoop. Une blessure de célébrité qui s’exprimait. Et moi je disais – c’est bien j’ai confiance en la production, la production va s’occuper de nos oiseaux sauvés de la mort gluante, la production va tourner un film avec nos oiseaux. Et ce film empêchera plein d’autres oiseaux de mourir dans la mort gluante, voilà. J’étais fier de ma pensée mais aucun photographe ne venait photographier ma pensée. Ils préféraient Patrick Rigolo pleurant plus rigolo. Il voulait renier son geste Patrick Rigolo, ah contradictoire Patrick, il jouait bien de cette contradiction qui consiste à savoir revenir sur son geste. Patrick Rigolo était incroyant incroyable ne croyant en aucune production des hommes, même la production de films des hommes qui voulait sauver les oiseaux de la mort en leur infligeant une autre mort. Les photographes s’en foutaient pas mal, mitraillant les larmes de Patrick Rigolo devant le mur grisâtre de la production. Sous le préau de la production se déroulait ce drame, dans l’ombre que tous les préaux jettent sur les actes des hommes. Aucun préau ne protège. Dans les cages les oiseaux attendaient qu’on les guérisse. Petites boules de chair de mort carbonisées aux pattes encore tremblantes. Patrick Rigolo était le rival de mon air sérieux depuis mon enfance. Il savait pleurer et rugir devant les caméras en rigolant. Moi sérieusement je parlais sans jouer. Patrick Rigolo était formidable, c’était pour cela qu’on l’appelait Patrick Rigolo. Et ses révoltes étant rigolotes c’était pour cela qu’on les prenait au sérieux. Moi j’arrivais à la cheville de Patrick Rigolo parce que Patrick était devenu grandement célèbre. Se jouait ici ma carrière sous le préau noir de la production. Quelque chose encore retenait Patrick Rigolo pour courir délivrer son oiseau. C’était les photographes qui ne voulaient jamais connaître la suite mais préférant l’instant. Rigolo aimait bien faire attendre les photographes pendant que la colère défigurait progressivement son visage devant les photographes. Mais un imprévu survint lorsqu’une assistante de la production arriva pour dire – Il est mort ton oiseau Patrick. Il y avait trop de mort gluante pour le sauver ! Alors je me mis à rire, comme seuls les fous peuvent rire.

RAOUL
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1 commentaire

domidom · le jeudi 23 juin 2011 à 20:45

Etrange et terrible ce texte, tous ses pauvres oiseaux, victime de l'indifférence, de la cruauté et disons le, de la bêtise humaine...
C'est une bien triste histoire , elle prouve une fois de plus, que ce qui compte pour beaucoup, c'est le fric que l'on peu se faire au détriment des autres, l'indifférence de cette production face au larmes de Patrick, en est une image flagrante, non, ce n'est pas rigolo du tout...Du tout...
Texte à lire...
Amitiés...Domie...

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