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nu comme un vers

le niveau de l'amer

Le lundi 25 mars 2019 à 11:01, posté par soilon · 161 lectures

les eaux ont monté
elles charrient les orages
les ruisseaux
et la colère du ciel mécontent
elles emportent la boue
tous les troubles
parfois même les cailloux
sur leur torrentiel passage
c'est la tourmente et le dégoût
le dérapage
le voyage de la dernière heure
aux allures de ravage
et tandis qu'auprès des berges pleureuses
les troncs d'arbres coulent à pic
de guerre lasse
les branchages se mélangent
aux salissures brunes aux remugles rampants
de l'onde vive qui tourbillonne
qui m'étourdit et qui bouillonne
plus loin les jambes pliées
du petit pont de pierre
tour à tour caressées malmenées
s'inclinent un peu plus
sous la pression et le débit du lit
des flots endoloris
dans des génuflexions hasardeuses
des révérences malhabiles et tremblantes
tout ce bruit qui avance
ce fond sonore devenu mobile
du crime
qui va croissant et accompagne
le drame anonyme
explose souvent par endroits
il agrémente de glissades diluviennes
les saccades nerveuses
les liquides ruades
au gré de ce nouveau courant
toute la rage la rébellion
ce grondement naturel de sourde fureur
comme une pulsion d'origine
creusent les vagues
démontent la frange
des écumes tranquilles et des bains souterrains
tout haletant le pépiement dénaturé
d'un oiseau blanc appartenant
au voisinage
est comme un avertissement
à la révolte
au châtiment
il nous fait peut-être comprendre
dans sa langue animale suintante
qu'il faut payer le prix
c'est la contrepartie du troc
pour tous les outrages commis
la crue est déjà bien au-dessus
du montant de nos peurs
du surcoût de la honte
et notre pauvre petit repentir naissant
qui tarde à grossir
n'est qu'un rachat de dernière minute
une formule toute prête
pour défaire nos fautes
et effacer de ce vivant tableau
l'or dur de notre orgueil
négligemment
à la sauvette
et presque à l'œil
la fatuité de nos gestes d'enfants
est une faiblesse
un point culminant
dans la fausse carapace de nos sentiments
alors je peux bien en convenir
puisqu'approche la fin
de toute cette folie empaquetée
je me sens coupable
j'ai ma part de responsabilité
dans les dommages sans intérêt
toutes ces balafres béantes
infligées dans le giron de la terre
ces larges blessures ouvertes
que l'homme a cru pouvoir cautériser
avec des textes de lois
pour camoufler le sang et l'étendue
de toute sa mauvaise foi
mais la nature aura raison de lui
elle établit des règles
une ligne digne de conduite
elle apparaît sans âge
toujours neuve adolescente
et ne connaît pas l'échantillon des limites
ce ne sont pas nos mains de profanes
dont les ombres projetées
dessinent les contours sacrilèges
de simples pleins et déliés
acrobatiques
qui viendront changer
la course autour du monde
la révolution d'une petite planète ronde
pour preuve
l'eau déborde
l'eau s'étale devient horde
et ces sont nos âmes qu'elle inonde
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7 commentaires

debbie · le lundi 25 mars 2019 à 12:29

Bonjour Soilon, wow ! Quelle force ce
poème ! Quand les mots ne font plus que décrire, qu'ils font ressentir l'émotion au plus profond ! En te lisant on a l'impression que toute cette eau se déverse sur nous. qu'elle nous engloutie complètement et qu'à la fin du poème il ne restera plus rien de nous. Je
je ne saurais trop l'expliquer, mais c'est bouleversant. Ce poème exprime si fort notre planète qui se révolte. Mais bien plus encore et la fin le dit si bien; " l'eau s'étale devient horde et ces sont nos âmes qu'elle inonde " Et c'est tout à fait l'effet que ton poème nous fait à la lecture ! Merci de ce magnifique poème que je viendrai relire !
Belle journée
Amitié
Debbie

rivaudais · le lundi 25 mars 2019 à 12:33

Reportage et réquisitoire, poème aux mots très forts qui définissent bien la dramaturgie du thème et sonnent comme un avertissements aux hommes inconscients qui défient la nature. Mais quand celle-ci reprend ses droits, cela tourne souvent à la catastrophe. Je n'aime pas le mot chute qui qualifie la fin - souhaitée et souhaitable- des poèmes (je préfère penser qu'il s'agit d'une élévation(*) mais je ferai une exception pour celui-ci, puisqu'il s'agit de chute(s) ...d'eau
(*) Même critique de ma part concernant les sentiments amoureux : on ne devrait pas TOMBER amoureux mais S'ÉLEVER ou GRANDIR amoureux.

peauaime · le mercredi 27 mars 2019 à 08:20

Un texte fort sur notre belle planète à laquelle bien souvent nous manquons de respect tant elle nous donne mais dans un élan furieux elle peut aussi reprendre le cours de nos vies.
Amicalement,
Emmanuel

soilon · le mercredi 27 mars 2019 à 10:40

Bonjour Debbie,
Ton commentaire m'a tellement fait plaisir !
Quand on se lance dans un plaidoyer tel que je l'ai fait dans ce poème et qu'il trouve un écho, qu'il touche un point sensible de façon inexplicable, c'est toujours agréable… alors mille mercis.
Je suis parti sur quelque chose de très long mais il y a tant à dire à propos de notre comportement de locataires sur la Terre que je ne pouvais plus m'arrêter !
Encore merci Debbie, je te souhaite une très belle journée.
Amitiés.

soilon · le mercredi 27 mars 2019 à 10:44

Bonjour Rivaudais,
Merci pour ta lecture et ton commentaire et bien vu le jeu de mots sur la chute !
Eternel débat sur l'expression "tomber" amoureux qui implique une chute alors que l'amour tutoie les hauteurs…
Bonne journée à toi.

soilon · le mercredi 27 mars 2019 à 10:48

Bonjour Emmanuel,
Je te remercie pour ce commentaire auquel j'adhère complètement, tu t'en doutes.
J'en profite pour saluer ici tes poèmes sur les péchés capitaux, exercice difficile dont tu t'es bien affranchi.
Amitiés.

debbie · le mercredi 27 mars 2019 à 11:17

Re bonjour Soilon ici la longueur du poème ne s'est pas du tout ressentie tellement il était captivant. J'aurais même pu en lire beaucoup plus j'avoue. *sourire*
Belle journée !
Amitié
Debbie

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