Aller au contenu
MesPoèmes.net Créer mon site de poésie

nu comme un vers

inventaire à la Prévert (pour Philip)

Le mercredi 3 avril 2019 à 12:11, posté par soilon · 173 lectures

ceux qui voudraient paraître
ceux qui ont l'air
ceux qui se prennent pour
ceux qui sans le savoir l'ont déjà
l'air exténué
ceux qui partiront peut-être
puisqu'ici c'est l'enfer
ceux qui ont vu le jour
où la terre s'arrêta
ceux qui vivent la nuit
et qui ont peur du choléra
ceux qui connaissent tout mieux que tout le monde
mais que tout le monde ne connaît pas
ceux qui suivent le protocole
ceux qui lisent le mode d'emploi
ceux qui ne disent pas merci
et qu'on ne salue pas
qu'on aimerait ne plus revoir
au moins avant une prochaine vie
ceux qui comptent sur toi
ceux qui portent l'espoir
ceux qui vivent à terre
ceux qui rêvent debout
les enfants les curieux et les rares volontaires
à dormir joue contre joue
ceux qui sont sur la liste
ceux qui ne sont pas invités au bal
ceux qui ont l'œil triste
ou des idées bancales
ceux qui se sont perdus
sur les chemins de la vie
en oubliant de vivre
et qui s'en lavent les mains
ceux qui ne sont pas tout propres
mais qui donnent le change
en disant qu'on ne les y reprendra plus
ceux qui boivent encore quand ils sont déjà ivres
qui ont un langage de malentendus
ceux dont la soif d'apprendre
est inextinguible
mais que le moindre petit geste tendre
rend irascibles
ceux à qui on l'avait bien dit
et qui n'ont pas tenu compte
de toutes nos litanies
ceux pour qui l'espoir
est ancré dans leur cœur
comme l'été le soir
est empreint de douceur
ceux à qui il ne reste plus rien
hormis de l'air à respirer
puisque tout s'en est allé
glissant entre leurs doigts
encore une fois
ceux qui ont cru tout perdre
l'amour la foi la vie
sur un coup de dés
en faisant tapis
ceux qui ont des lendemains qui chantent
des envolées aux airs de fête
qui dodelinent de la tête
en repensant aux heures sombres
qui les hantent
ceux dont la voix est inaudible
qui auront beau s'époumoner
personne ne les entendra jamais
ceux qui savent quand il faut partir
parce qu'il est l'heure
parce qu'il est tard
et que la route fiche le cafard
ceux qui ne peuvent plus se départir
de ce sourire figé en coin
dont l'apparente raideur
n'est qu'un costume de rêveries
de nostalgies qui flottent au loin
ceux qui perdent leur travail
ceux qui vendent leur maison
ceux qui mangent à leur faim
ceux que la faim démange
ceux qui trouvent à redire
sur de nombreux sujets
qui feraient mieux de réfléchir
avant de parler
ceux qui regardent grandir leur enfant
ceux qui refusent qu'on leur prête de l'argent
ceux qui vous donnent un peu de leur temps
ceux qui disent oui
sans y penser
et qui regrettent quand même un peu après
ceux pour qui les jours sont comptés
trois ans deux jours une heure
on va pas chipoter
ceux à qui la vie entière ne suffit pas
à raconter
ce qu'ils ont fait
ce qu'ils ont vu
et qu'on aurait bien aimé accompagner
ceux qu'on aime par-dessus tout
qui se révèlent en dessous de tout
ceux dont le cœur est tellement grand
qu'on peut s'y perdre une fois dedans
ceux pour qui la vie n'a de sens
que lorsqu'on les aime en retour
les renfrognés les indécis
les rabougris
les jusqu'à quand ça va durer
et qui oublient d'oublier
exaspérés qu'ils sont
par tout le monde
par toute leur vie
par tout leur être
les bienheureux combien sont-ils
sont-ils nombreux
ceux qui passent à côté
ceux qui ignorent qu'ils ont tout
et qui ne s'encombrent pas
du passé
des souvenirs lourds à porter
ceux qu'on adore ceux qu'on adule
tout ce petit monde qui gravite autour
de notre bulle
ceux qui tombent sous les balles
ceux qui meurent sous les coups
ceux qui s'aiment à en crever
et qui sont prêts
à tout quitter
ceux qui savent bien ce que c'est
et qui te disent
ça va passer
ceux qui cheminent avec nous
le long de la vie
les amis les fantômes les amours endormies
ceux qui ouvrent la porte
ceux qui ouvrent les yeux
ceux qui ouvrent leur cœur
ceux qui m'aiment me suivent
et puis tant pis
on verra bien ce qui arrive
Pas encore de note · connectez-vous pour noter

7 commentaires

debbie · le mercredi 3 avril 2019 à 15:09

Bonjour Soilon ouf j'ai l'impression d'avoir tout lu sans prendre mon souffle *sourire* Tellement cette lecture est prenante de vérité et qu'on s'y retrouve tous quelque part dans ce poème ! Très beau et bien emmené et j'adore la fin. Merci de ce superbe partage !
Quelle inspiration !
Bel après midi
Amitié
Debbie

soilon · le mercredi 3 avril 2019 à 16:00

Bonjour Debbie,
Merci d'avoir lu jusqu'au bout, ce poème peut décourager par sa longueur. ..
Mais il y a tant à dire !
Bonne journée à toi.

soilon · le mercredi 3 avril 2019 à 16:08

Chose promise...chose due.
Je poste ce poème qui est un clin d'oeil à Philip.
En effet, lors d'un précédent post, il a utilisé une certaine expression dans son commentaire. Il se trouve que la dite expression était aussi le titre d'un poème que j'avais écrit.
Comme je trouvais ça troublant, je lui avais promis de le poster ici.
C'est chose faite !

Philip (Jardin de Lune) · le jeudi 4 avril 2019 à 08:08

Bonjour mon ami,
Je viens te commenter avec un peu de retard, en te remerciant mille fois de m'avoir dédicacé ton poème. Ces dédicaces sont des marques d'amitié précieuses auxquelles je suis très sensible.
Surtout que dans le contenu du poème que tu me dédicaces, il y a beaucoup de choses dans lesquelles je me retrouve. Les inventaires à la Prévert sont souvent pour celui ou celle qui l'écrit, non pas un bric à brac, mais des ressentis qui fusent de l'Instant, sortis de notre Intime ou de notre inconscient, si tu veux.
Il y a tant de questionnement dans ton poème. Sur le sens du Bonhuer ou de la fatalité.
Sur les fantômes venus de nos passés à jamais perdus.
Et puis, toujours teinté du poids de l'inéluctable fatalité, cependant la touche final de l'espoir, sans lequel on ne saurait vivre.
Amitiés sincères, Soilon.
Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

Susan* Coquelicot * · le jeudi 4 avril 2019 à 10:55

Bonjour Soilon,
Ton inventaire à la Prévert est une réussite …Même si moi aussi je le trouve un peu long !
Mais il est vrai que le sujet est vaste, il y a beaucoup à dire !
Belle journée Soilon.
Amitiés.
Susan

soilon · le mardi 9 avril 2019 à 15:02

Bonjour Philip,
Je me suis absenté et je n'avais pas vu ton commentaire.
Heureux que le poème te plaise et que la dédicace te touche !
Merci encore et à très vite de te lire…
Amitiés.

soilon · le mardi 9 avril 2019 à 15:06

Bonjour Susan,
Merci pour ton gentil commentaire et ta patience car ce poème est très long, c'est unanime !
Mais parfois plus rien ne nous arrête, on voudrait en dire encore et encore…
Bonne journée, amitiés.

Connectez-vous pour laisser un commentaire, ou créez votre site, c'est gratuit.