La déchirure du temps
Je viens d’ouvrir un regard sur mon environnement. Tout paraît irréel.
J ai cette impression floue d ‘un milieu d une opacité laiteuse où quelques formes fugaces apparaissent et s’estompent dans mon champ de vision.
Je ne sais même pas si j’existe et je n’ose déplacer mes mains de peur de ne les percevoir. Pourtant j aimerais sentir la chaleur de ma peau, dessiner avec mes doigts les contours de mon visage, mesurer le mouvement de leur déplacement.
Je ne bouge pas .
J’ai certainement cette appréhension qu’ont tous ceux qui sortent d’un long coma et qui petit à petit redécouvrent un monde qui semblait à jamais disparu.
J’essaie de remuer mes doigts alors que mon regard reste accroché dans le lointain….pourrai je tourner la tête et me rendre à cette réalité atroce que je n ai plus de doigts, plus de mains, plus de bras ? que jamais plus je ne pourrai deviner, même en fermant les yeux , la forme des choses que mes sens tactiles auraient perçue ?
Je n ai pas ce courage ou plutôt je n’ai pas encore celui d’affronter une indésirable vérité.
Comment pourrai-je vivre sans sentir courir sous mes doigts les formes de la vie, les contours harmonieux ou étonnants de ce qui m’entoure.
Comment ne plus connaître cette sensation étrange de pouvoir créer, façonner, dessiner, modeler à l’envie ce que mon esprit me commande ?
Comment supporter de ne plus pouvoir ajouter à la beauté de mon environnement les sons que mes doigts font monter en glissant sur les touches d un clavier ou les cordes d une guitare ?
Comment mon regard supportera t il de ne plus voir se reproduire la palette des teintes que ma main traçait à touches légères, par le pinceau, sur une toile ?
Je ne peux toujours pas bouger.. Un long cri de détresse vrille mon esprit et se meurt dans ma gorge.
Alors je referme mes yeux et j’ai peur tout à coup…..Je refuse cette vérité, je la réfute, je la condamne, je la maudis……et je vais la chercher , angoissé .
Je force mon esprit à donner cet ordre : bouge, bouge, bouge.. Une irrésistible envie de le vouloir….
Enfin je sens mes épaules réagir à mes ordres. J’élève lentement mes membres et je ramène devant moi ces mains que j’avais eu si peur de ne plus revoir…
Ce sont mes mains, je les regarde, je les observe, j’y attache avec force mon regard comme un lien qui les empêcherait de disparaître à nouveau.
Donc si mes mains sont là ….j ‘existe alors….donc je suis encore, donc ……Mais où suis je ?
Mes mains sont si blanches ; d’un blanc à peine plus prononcé que cette atmosphère ouatée qui m’entoure.
J’avance dans cette torpeur d’où je m’éveille. Tout est calme , tout est empreint d’une pâle lumière douce et reposante. Je ne sais encore pas si je vis vraiment, mais j ai mes mains et je vois.
J’ai cette sensation étrange de flotter.
J’essaie de me soulever de cette couche où mon corps s’était abandonné . Je suis une mécanique, ou plutôt, j ai la sensation d’être un imbroglio de muscles, d’os, de ligaments et de nerfs qui obéissent progressivement aux ordres de mon cerveau.
Petit à petit tout se met en place et si je me sens léger je ne me reconnais néanmoins pas dans cette structure comparable à ce que j avais connu…il y a un temps….
Tout est limbe, tout est pur , tout est stérile, tout est irréel …aurais je quitté mon temps ? serais je ailleurs là où ma destinée devait me conduire sans m’en avertir ?
Les brouillards qui m’entourent se dissipent peu à peu et laissent apparaître à peine quelques traces de pastels qui confondent l’uniformité lassante de cet environnement .
Un rideau ourlé cachant un ciel grisâtre, des murs d’une pâleur atroce, une porte…et là comme suspendu dans le vide, seule note de couleur, Le Portrait.
Un visage que je ne connais pas.. un regard qui me suit, attentif…..
Depuis combien de temps m’observe t il ?
D ‘un coup, l’espace temps vient s’intercaler dans mes premières réflexions. Depuis combien de temps suis je là, immobile, emmailloté dans ce que je commence à distinguer et qui ressemble étrangement à un tissage de bandelettes impersonnelles ceinturant ce que j ose à peine appeler mon corps. Pendant combien de temps suis je resté dans cette nuit profonde d’où je viens d’émerger ?
Toi, le visage, tu le sais mais tu ne le diras pas ..je suis condamné à ton silence.
Je sombre à nouveau dans l’inconscience. Enfin je le crois , car paradoxalement je me vois.
Je me pince et je ne sens rien, je parle et je ne m’entends pas, je pleure et aucune de mes larmes ne vient tacher mes draps, je souffre certainement mais j ai surtout mal dans mon âme.
Et tout défile désormais à vive allure. Ma vie de gosse, d adolescent, d adulte dans un amalgame désordonné.
J’ai compris ….Je vais mourir . mon souffle s’épuise, mes mains déchirent cet air qui m’entoure ..je dois crier et personne ne m’entend. …. Sauf toi Le Visage.
Une larme coule de tes yeux. Une larme qui semble éternelle ; une larme qui n’est pas que pour moi. Une larme qui traverse le temps…….
Une sonnerie stridente tout à coup, me vrille les tympans. Je me retourne d’un bond pour faire taire cette crécelle qui me réveille. Ce bruit qui me ramène à la réalité , ce bruit qui vient de déchirer le temps…le temps d’un mauvais rêve.
Pour la première fois ce réveil antique , bruyant, familier est devenu mon ami. Je sens mon cœur battre follement.
Je m’ébroue,
je suis heureux,
Je vis.
J ai cette impression floue d ‘un milieu d une opacité laiteuse où quelques formes fugaces apparaissent et s’estompent dans mon champ de vision.
Je ne sais même pas si j’existe et je n’ose déplacer mes mains de peur de ne les percevoir. Pourtant j aimerais sentir la chaleur de ma peau, dessiner avec mes doigts les contours de mon visage, mesurer le mouvement de leur déplacement.
Je ne bouge pas .
J’ai certainement cette appréhension qu’ont tous ceux qui sortent d’un long coma et qui petit à petit redécouvrent un monde qui semblait à jamais disparu.
J’essaie de remuer mes doigts alors que mon regard reste accroché dans le lointain….pourrai je tourner la tête et me rendre à cette réalité atroce que je n ai plus de doigts, plus de mains, plus de bras ? que jamais plus je ne pourrai deviner, même en fermant les yeux , la forme des choses que mes sens tactiles auraient perçue ?
Je n ai pas ce courage ou plutôt je n’ai pas encore celui d’affronter une indésirable vérité.
Comment pourrai-je vivre sans sentir courir sous mes doigts les formes de la vie, les contours harmonieux ou étonnants de ce qui m’entoure.
Comment ne plus connaître cette sensation étrange de pouvoir créer, façonner, dessiner, modeler à l’envie ce que mon esprit me commande ?
Comment supporter de ne plus pouvoir ajouter à la beauté de mon environnement les sons que mes doigts font monter en glissant sur les touches d un clavier ou les cordes d une guitare ?
Comment mon regard supportera t il de ne plus voir se reproduire la palette des teintes que ma main traçait à touches légères, par le pinceau, sur une toile ?
Je ne peux toujours pas bouger.. Un long cri de détresse vrille mon esprit et se meurt dans ma gorge.
Alors je referme mes yeux et j’ai peur tout à coup…..Je refuse cette vérité, je la réfute, je la condamne, je la maudis……et je vais la chercher , angoissé .
Je force mon esprit à donner cet ordre : bouge, bouge, bouge.. Une irrésistible envie de le vouloir….
Enfin je sens mes épaules réagir à mes ordres. J’élève lentement mes membres et je ramène devant moi ces mains que j’avais eu si peur de ne plus revoir…
Ce sont mes mains, je les regarde, je les observe, j’y attache avec force mon regard comme un lien qui les empêcherait de disparaître à nouveau.
Donc si mes mains sont là ….j ‘existe alors….donc je suis encore, donc ……Mais où suis je ?
Mes mains sont si blanches ; d’un blanc à peine plus prononcé que cette atmosphère ouatée qui m’entoure.
J’avance dans cette torpeur d’où je m’éveille. Tout est calme , tout est empreint d’une pâle lumière douce et reposante. Je ne sais encore pas si je vis vraiment, mais j ai mes mains et je vois.
J’ai cette sensation étrange de flotter.
J’essaie de me soulever de cette couche où mon corps s’était abandonné . Je suis une mécanique, ou plutôt, j ai la sensation d’être un imbroglio de muscles, d’os, de ligaments et de nerfs qui obéissent progressivement aux ordres de mon cerveau.
Petit à petit tout se met en place et si je me sens léger je ne me reconnais néanmoins pas dans cette structure comparable à ce que j avais connu…il y a un temps….
Tout est limbe, tout est pur , tout est stérile, tout est irréel …aurais je quitté mon temps ? serais je ailleurs là où ma destinée devait me conduire sans m’en avertir ?
Les brouillards qui m’entourent se dissipent peu à peu et laissent apparaître à peine quelques traces de pastels qui confondent l’uniformité lassante de cet environnement .
Un rideau ourlé cachant un ciel grisâtre, des murs d’une pâleur atroce, une porte…et là comme suspendu dans le vide, seule note de couleur, Le Portrait.
Un visage que je ne connais pas.. un regard qui me suit, attentif…..
Depuis combien de temps m’observe t il ?
D ‘un coup, l’espace temps vient s’intercaler dans mes premières réflexions. Depuis combien de temps suis je là, immobile, emmailloté dans ce que je commence à distinguer et qui ressemble étrangement à un tissage de bandelettes impersonnelles ceinturant ce que j ose à peine appeler mon corps. Pendant combien de temps suis je resté dans cette nuit profonde d’où je viens d’émerger ?
Toi, le visage, tu le sais mais tu ne le diras pas ..je suis condamné à ton silence.
Je sombre à nouveau dans l’inconscience. Enfin je le crois , car paradoxalement je me vois.
Je me pince et je ne sens rien, je parle et je ne m’entends pas, je pleure et aucune de mes larmes ne vient tacher mes draps, je souffre certainement mais j ai surtout mal dans mon âme.
Et tout défile désormais à vive allure. Ma vie de gosse, d adolescent, d adulte dans un amalgame désordonné.
J’ai compris ….Je vais mourir . mon souffle s’épuise, mes mains déchirent cet air qui m’entoure ..je dois crier et personne ne m’entend. …. Sauf toi Le Visage.
Une larme coule de tes yeux. Une larme qui semble éternelle ; une larme qui n’est pas que pour moi. Une larme qui traverse le temps…….
Une sonnerie stridente tout à coup, me vrille les tympans. Je me retourne d’un bond pour faire taire cette crécelle qui me réveille. Ce bruit qui me ramène à la réalité , ce bruit qui vient de déchirer le temps…le temps d’un mauvais rêve.
Pour la première fois ce réveil antique , bruyant, familier est devenu mon ami. Je sens mon cœur battre follement.
Je m’ébroue,
je suis heureux,
Je vis.
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2 commentaires
debbie · le vendredi 1 juin 2018 à 20:56
belle soirée
Amitiés
Debbie
liameliavq · le samedi 2 juin 2018 à 07:02
Merci de ce partage cauchemardesque et qui donne encore plus envie de croquer la vie à pleines dents à la lecture de l'épilogue !
Belle journée.
LN.
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