Au bon temps des fantasias.
Comme un roulement sourd se propageant dans la montagne, les coups de feu rebondissaient d’une pente à l’autre, s’insinuant dans les vallées asséchées des oueds comme si leur écho devait charrier en retour une eau que l’on souhaitait claire et ou rouleraient les galets érodés.
Point d eau, bien sur puisque nous étions au mois de juillet dans le sud algérien et que nous admirions le déboulé d une horde de chevaux aiguillonnés par leurs cavaliers. Nous assistions à une fantasia offerte en l’honneur d’une éminente personnalité du secteur.
Les naseaux frémissants des chevaux arabes aspiraient l’air chaud goulûment. leurs flancs, gris cendré, brillants d une sueur provoquée par l’effort, témoignaient d’une énergie intense, à peine contrôlée, semblait t’il, par les cavaliers maures.
Les hommes, habillés de tissu laineux blanc, cintrés par une écharpe de couleur vive au niveau de la taille, avaient coincé un poignard courbe aux multiples incrustations dont la richesse précisait le rang social de son propriétaire. Une longue cape écrue, tissée dans la laine des moutons de la tribu, somptueusement brodée, flottait dans le dos des cavaliers en ondulant au vent de la course.
L homme et le cheval étaient soudés dans l’effort et complices à l extrême de cet équilibre précaire qui faisait la beauté du geste.
A l’issue de la course éperdue, frôlant sans cesse le déséquilibre et la chute, le cavalier brandissait son fusil chargé à blanc et dans une apothéose, déclenchait un tonnerre de bruit provoquant un nuage de fumée aux odeurs de poudre.
L’élan, calculé par une pratique courante de cette course, propulsait les montures jusqu’à l’extrémité du corral ou les cavaliers dans un effort brusque sur les rênes, stoppaient l animal au ras des spectateurs qui avaient pris possession de l endroit. Les couples frémissants, revenaient vers la tribune officielle et défilaient devant les personnalités qui les accueillaient dans une formidable ovation. L’exploit sportif le méritait amplement.
J avais alors six ans et je vivais pleinement cette journée, détaillant mon environnement et l’évènement comme si je souhaitais l’incruster dans ma mémoire pour le restant de mes jours. Je dégustais chaque moment, loin d’imaginer que quelques années plus tard ce ne serait plus qu’un triste et fugace souvenir.
Mon père, nouvellement promu, faisait partie de ces personnalités en l’honneur de qui les fils des sages des tribus environnantes venaient de souhaiter la bienvenue.
J’étais fier, et le bonheur transporté au sein de mon corps se traduisait par une sorte de hoquet incontrôlé et un frisson de bien être parcourait ma peau.
Ce jour là sera aussi celui d’une peur intense ou mon instinct de survie me permettra de sortir d’une situation que j’évaluais alors dramatiquement dans mon entendement d’enfant.
Après cette fantasia, nous nous rendîmes en cortège coloré dans une superbe et immense demeure appartenant à l’un des plus influents dignitaires musulman que l on nommait Caïd.
Je me souviens de cette architecture rappelant les palais des milles et une nuits, aux couleurs d’un soleil chauffé à blanc. Les bâtiments étaient disposés en U autour d’une superbe et immense piscine dont le bleu irisé dansait par réfléchissement sur l’ensemble des murs, tranchait et adoucissait la réverbération des bâtiments surchauffés. Ils offraient à notre regard des arabesques finement représentées par des incrustations de rangées de carrelage émaillé, d’un bleu plus prononcé, disposées artistiquement et ceinturant l’ensemble du corps des bâtiments.
Faisant face à la majesté de cet ensemble harmonieux, des serviteurs zélés avaient érigé des tentes bédouines largement entrouvertes, où les tables basses, rondes attendaient les convives.
Ces dernières reposaient sur des tapis de grande valeur et étaient entourées de sortes de confortables coussins de cuir à la senteur musquée.
J avais du mal à imaginer comment les invités pouvaient prendre place puisqu il n’y avait ni chaises ni couverts.
J’observais de loin avec attention et je constatais que ce qui me paraissait farfelu était en fait une coutume ancestrale où les sentiments de convivialité et de partage étaient représentés par l’intimité relative de ces tables basses ou une vingtaine de convives s’affalaient tout autour dans ces coussins moelleux et ou chacun piochait, avec l’élégance du geste, dans un plat unique au centre de ces tables. On y prélevait une boule de couscous savamment transformée en bouchée acceptable.
Un superbe méchoui de plusieurs moutons, dorés par un long passage sur broches au dessus de braises continuellement entretenues, avait été disposé au centre des tentes et offrait une chair parfumée et croustillante aux invités ravis.
Ce succulent repas traditionnel s’accompagnait de la boisson recommandée : le thé à la menthe que des serviteurs zélés versaient, à longues rasades, dans des hauts verres finement décorés d’arabesques dorées. On aurait pu penser à un concours que se livraient des experts en jeux d’eaux tant les théières montaient haut au dessus des verres d’où elles laissaient couler dans une cascade odorante et chuintante, ce nectar doré . Du grand art vraiment !
Dans un brouhaha de convenances on échangeait les amabilités d’usage et cette sensation de paix que l on pouvait respirer, jetait comme un engourdissement de bien être dans ce contexte de beauté, de couleurs et de fraternité.
La fin du repas approchant lentement, les pâtisseries orientales, gorgées de miel, de pâtes d’amande, de dattes ou de figues étaient présentées sur de larges plateaux de cuivres ciselés à la main, retraçant les scènes d’épopées orientales.
Les reflets mordorés du cuivre presque rouge éclaboussaient le regard d’un feu d’artifice de couleurs irisées.
La chaleur atteignait son paroxysme et la surface légèrement ourlée de l’eau bleutée de l’immense piscine invitait à plonger nos corps de gamins exténués, dans ce délice de fraîcheur.
Après avoir demandé les autorisations nécessaires à nos parents et avec la bénédiction du « Chef de maison », nous nous précipitions en de plongeons savamment exécutés ou de précautionneuses entrées dans l’eau, dans cet oasis de rafraîchissement.
Je ne savais pas encore nager, je venais d avoir 6 ans…et bien que mes mouvements eussent été encouragés par un maître nageur qualifié, je me tenais précautionneusement au rebord du bassin. L’eau était belle et rafraîchissante et je m enhardissais, m’éloignant quelque peu du rebord salvateur en mouvements qui rappelaient tout à fait la nage d un jeune chiot.
Soudain, ce que je crus être une montagne, me dégringola dessus, m’entraînant dans les profondeurs du bassin. C’était un grand dadais qui se prenant pour un quelconque tarzan, m’avait bousculé en m’ignorant superbement.
J’ai bu de cette eau chlorée en quantité conséquente et j ai cru que ma dernière heure etait arrivée. J avais les yeux ouverts et je voyais les reflets de la surface et ce bord qui semblait fuir.
Qui donc pouvait faire attention à ce gamin, qui pour la circonstance, ne faisait pas du « sous l’eau » intentionnellement.
L’instinct de survie certainement m’ a procuré la force nécessaire pour agiter bras et jambes en mouvements désordonnés qui ont eu cet avantage de me faire doucement remonter en me rapprochant de ce bord de bassin qui tout compte fait n’était plus si loin.
Je m’y accrochais éperdument. Personne ne s’était aperçu de ce mini drame bien entendu.
Je m’étais sauvé la vie tout seul en fait et j’éprouvais malgré la peur rétrospective une fierté de vainqueur. Je tus bien sûr, cet incident prévoyant une peur à postériori de ma mère, mais je sortis ce jour là de la piscine pour ne plus y retourner avant d avoir sérieusement appris à nager .
Henri
( l’histoire est vraie…. Mais toute ressemblance avec…..etc etc etc)
Point d eau, bien sur puisque nous étions au mois de juillet dans le sud algérien et que nous admirions le déboulé d une horde de chevaux aiguillonnés par leurs cavaliers. Nous assistions à une fantasia offerte en l’honneur d’une éminente personnalité du secteur.
Les naseaux frémissants des chevaux arabes aspiraient l’air chaud goulûment. leurs flancs, gris cendré, brillants d une sueur provoquée par l’effort, témoignaient d’une énergie intense, à peine contrôlée, semblait t’il, par les cavaliers maures.
Les hommes, habillés de tissu laineux blanc, cintrés par une écharpe de couleur vive au niveau de la taille, avaient coincé un poignard courbe aux multiples incrustations dont la richesse précisait le rang social de son propriétaire. Une longue cape écrue, tissée dans la laine des moutons de la tribu, somptueusement brodée, flottait dans le dos des cavaliers en ondulant au vent de la course.
L homme et le cheval étaient soudés dans l’effort et complices à l extrême de cet équilibre précaire qui faisait la beauté du geste.
A l’issue de la course éperdue, frôlant sans cesse le déséquilibre et la chute, le cavalier brandissait son fusil chargé à blanc et dans une apothéose, déclenchait un tonnerre de bruit provoquant un nuage de fumée aux odeurs de poudre.
L’élan, calculé par une pratique courante de cette course, propulsait les montures jusqu’à l’extrémité du corral ou les cavaliers dans un effort brusque sur les rênes, stoppaient l animal au ras des spectateurs qui avaient pris possession de l endroit. Les couples frémissants, revenaient vers la tribune officielle et défilaient devant les personnalités qui les accueillaient dans une formidable ovation. L’exploit sportif le méritait amplement.
J avais alors six ans et je vivais pleinement cette journée, détaillant mon environnement et l’évènement comme si je souhaitais l’incruster dans ma mémoire pour le restant de mes jours. Je dégustais chaque moment, loin d’imaginer que quelques années plus tard ce ne serait plus qu’un triste et fugace souvenir.
Mon père, nouvellement promu, faisait partie de ces personnalités en l’honneur de qui les fils des sages des tribus environnantes venaient de souhaiter la bienvenue.
J’étais fier, et le bonheur transporté au sein de mon corps se traduisait par une sorte de hoquet incontrôlé et un frisson de bien être parcourait ma peau.
Ce jour là sera aussi celui d’une peur intense ou mon instinct de survie me permettra de sortir d’une situation que j’évaluais alors dramatiquement dans mon entendement d’enfant.
Après cette fantasia, nous nous rendîmes en cortège coloré dans une superbe et immense demeure appartenant à l’un des plus influents dignitaires musulman que l on nommait Caïd.
Je me souviens de cette architecture rappelant les palais des milles et une nuits, aux couleurs d’un soleil chauffé à blanc. Les bâtiments étaient disposés en U autour d’une superbe et immense piscine dont le bleu irisé dansait par réfléchissement sur l’ensemble des murs, tranchait et adoucissait la réverbération des bâtiments surchauffés. Ils offraient à notre regard des arabesques finement représentées par des incrustations de rangées de carrelage émaillé, d’un bleu plus prononcé, disposées artistiquement et ceinturant l’ensemble du corps des bâtiments.
Faisant face à la majesté de cet ensemble harmonieux, des serviteurs zélés avaient érigé des tentes bédouines largement entrouvertes, où les tables basses, rondes attendaient les convives.
Ces dernières reposaient sur des tapis de grande valeur et étaient entourées de sortes de confortables coussins de cuir à la senteur musquée.
J avais du mal à imaginer comment les invités pouvaient prendre place puisqu il n’y avait ni chaises ni couverts.
J’observais de loin avec attention et je constatais que ce qui me paraissait farfelu était en fait une coutume ancestrale où les sentiments de convivialité et de partage étaient représentés par l’intimité relative de ces tables basses ou une vingtaine de convives s’affalaient tout autour dans ces coussins moelleux et ou chacun piochait, avec l’élégance du geste, dans un plat unique au centre de ces tables. On y prélevait une boule de couscous savamment transformée en bouchée acceptable.
Un superbe méchoui de plusieurs moutons, dorés par un long passage sur broches au dessus de braises continuellement entretenues, avait été disposé au centre des tentes et offrait une chair parfumée et croustillante aux invités ravis.
Ce succulent repas traditionnel s’accompagnait de la boisson recommandée : le thé à la menthe que des serviteurs zélés versaient, à longues rasades, dans des hauts verres finement décorés d’arabesques dorées. On aurait pu penser à un concours que se livraient des experts en jeux d’eaux tant les théières montaient haut au dessus des verres d’où elles laissaient couler dans une cascade odorante et chuintante, ce nectar doré . Du grand art vraiment !
Dans un brouhaha de convenances on échangeait les amabilités d’usage et cette sensation de paix que l on pouvait respirer, jetait comme un engourdissement de bien être dans ce contexte de beauté, de couleurs et de fraternité.
La fin du repas approchant lentement, les pâtisseries orientales, gorgées de miel, de pâtes d’amande, de dattes ou de figues étaient présentées sur de larges plateaux de cuivres ciselés à la main, retraçant les scènes d’épopées orientales.
Les reflets mordorés du cuivre presque rouge éclaboussaient le regard d’un feu d’artifice de couleurs irisées.
La chaleur atteignait son paroxysme et la surface légèrement ourlée de l’eau bleutée de l’immense piscine invitait à plonger nos corps de gamins exténués, dans ce délice de fraîcheur.
Après avoir demandé les autorisations nécessaires à nos parents et avec la bénédiction du « Chef de maison », nous nous précipitions en de plongeons savamment exécutés ou de précautionneuses entrées dans l’eau, dans cet oasis de rafraîchissement.
Je ne savais pas encore nager, je venais d avoir 6 ans…et bien que mes mouvements eussent été encouragés par un maître nageur qualifié, je me tenais précautionneusement au rebord du bassin. L’eau était belle et rafraîchissante et je m enhardissais, m’éloignant quelque peu du rebord salvateur en mouvements qui rappelaient tout à fait la nage d un jeune chiot.
Soudain, ce que je crus être une montagne, me dégringola dessus, m’entraînant dans les profondeurs du bassin. C’était un grand dadais qui se prenant pour un quelconque tarzan, m’avait bousculé en m’ignorant superbement.
J’ai bu de cette eau chlorée en quantité conséquente et j ai cru que ma dernière heure etait arrivée. J avais les yeux ouverts et je voyais les reflets de la surface et ce bord qui semblait fuir.
Qui donc pouvait faire attention à ce gamin, qui pour la circonstance, ne faisait pas du « sous l’eau » intentionnellement.
L’instinct de survie certainement m’ a procuré la force nécessaire pour agiter bras et jambes en mouvements désordonnés qui ont eu cet avantage de me faire doucement remonter en me rapprochant de ce bord de bassin qui tout compte fait n’était plus si loin.
Je m’y accrochais éperdument. Personne ne s’était aperçu de ce mini drame bien entendu.
Je m’étais sauvé la vie tout seul en fait et j’éprouvais malgré la peur rétrospective une fierté de vainqueur. Je tus bien sûr, cet incident prévoyant une peur à postériori de ma mère, mais je sortis ce jour là de la piscine pour ne plus y retourner avant d avoir sérieusement appris à nager .
Henri
( l’histoire est vraie…. Mais toute ressemblance avec…..etc etc etc)
Pas encore de note
· connectez-vous pour noter
1 commentaire
liameliavq · le mardi 5 juin 2018 à 13:06
Bravo pour ces deux sentiments importants à vivre et pour ce texte si plaisant et agréable à lire.
LN.
Connectez-vous pour laisser un commentaire, ou créez votre site, c'est gratuit.