Poème pour l'Algérie
Je suis né il y a …fort longtemps, dans un pays qui s’appelle l’ALGERIE et qui était territoire Français à cette époque.
J’ai écrit ce poème pour exprimer une forme de souffrance d’avoir coupé mes racines. J’étais Français et j’ai donc, adolescent, suivi mes parents, mutés en Métropole.
Je me souviens d’avoir vu s’éloigner du paquebot, les cotes de ce pays que j’ai aimé puisqu‘il était le berceau de mon enfance et d’avoir essuyé des larmes de « grand », conscient d’un aller sans retour.
Je lis souvent, dans le journal de saint cloud***,
Des écrits, des témoignages, des légendes.
L histoire des familles qui, venant d Anjou,
De Bretagne, d’Alsace, du Midi, des Landes,
De France, d Italie, d Espagne ou d ailleurs,
Ont fait l’histoire, si courte, si généreuse,
D’une trop belle région qui nous tenait à cœur,
Qu’on aime à se rappeler si chaleureuse.
L’Algérie, bercée au nord par la grande bleue,
S’étendant à l infini du sud saharien,
Jetait son Sirocco comme langue de feu
Du désert à son bord méditerranéen.
L’Algérie, pensait-t’on, pays de cocagne
Se distinguait par sa diversité brutale
Aridité des Djebels, froid des montagnes,
Et douceur de sa cote méridionale.
On se sentait trop bien, on se croyait chez nous…
Chrétiens, Juifs ou Musulmans, Français dans l âme,
Et l’on se côtoyait sans « se chercher des poux »
Aimant à satiété ce pays plein de charme.
Cette terre rouge ou se mêlaient pêle-mêle,
Le sang de la vigne au jaune des genets,
Sous un soleil couchant qui sentait bon le miel
La lavande, le citron et le fier oranger.
Bien sur, cette idyllique vision du décor
Cachait trop en son sein un pernicieux poison ;
Le fiel d une révolte, présemption de mort
L’avions-nous vu venir ? Etait ce fruit de raison ?
N’avons nous pas chacun creusé notre tombe
Préparant dans notre linceul d’égoïsme
Ce qui allait éclater telle une bombe :
Le désordre, la lâcheté, l’héroïsme ?
Et ce pays si beau devint ensanglanté,
relégué à son destin par l impudence
D’une politique d’abandon, par la vanité
D’un homme et le désintérêt d’une France,
Qui ne s’est malheureusement pas souvenue
Que dans son parcours historique le plus sombre
Ses fils de l’autre coté, nombreux sont venus
Pour aider les alliés à la sortir de l’ombre.
Nos grands-pères et nos pères ont traversé la mer.
Certains sont revenus et d autres y sont restés,
Honneur et gloire et larmes de nos mères.
Pourtant, là a commencé notre destinée.
Les hommes formés par cette armée française
Ces berbères, ces Kabyles et ces Mahométans
Voulaient une reconnaissance. Mais là, foutaise,
Etait ce trop vouloir pour avoir donné tant ?
Personne n’y a rien vu, personne n’a vu venir,
Ce qu ils réclamaient tant. Egalité, Fraternité,
Pas grand chose pour assurer leur devenir.
Ils ont alors voulu gagner leur liberté.
Dans le chaos des magouilles politiques
Ceux qui se devaient de protéger la France
Dans le droit de tous ses hommes, minimum civique,
Ont laissé l’Algérie se lancer dans l’errance.
O mon Algérie, qu’es-tu soudain devenue ?
Terre de souffrance, d espoir, de déceptions
Terre ou le sang versé ne se recueille plus ;
Exaspération de haine et de passion.
Dans l ombre sommeillait, bête ignominieuse
Créée dans le creuset de l incompréhension
Cette rupture inévitablement odieuse
De l’histoire de la colonisation.
Ce qu’avaient enduré nos courageux pionniers
S envolait dans la fumée des incendies,
S éparpillait dans les cris des estropiés
Hachés par les bombes de l’ennemi maudit.
J ai vécu comme eux cette dégradation
J ai tremblé pour mon père (*) qui défendait nos vies
Au péril de la sienne, comme une vocation
C était son devoir, l idéal de toute une vie.
Par un poème j’ai ouvert une parenthèse
Lui, qui méritait une autre épitaphe
Ayant vécu pour cette terre française :
L’Algérie, cette oubliée des historiographes.
Refermant à jamais cette même parenthèse,
Je poursuis dans cette inflexible allégorie
Apres avoir du cas, émis les hypothèses,
J’en arrive à conclure de ce film pourri
Mille neuf cent soixante deux, année fatale,
Sonnant le glas des espérances futiles
Jette dans la réalité, en point final,
Un exode et une résistance inutile.
Combien de familles, amputées d’être chers,
Se sont trouvées perdues dans un monde nouveau,
Traversant cette mer que l’on nommait rivière
Pour échouer parfois dans un pauvre « marigot »
D autres ont eu plus de chance ou prévu le départ,
mais tous avaient au cœur une indicible frayeur,
il fallait recommencer encore et quelque part
Il fallait rebondir, y aller de tout cœur.
Et le temps est passé sans effacer les traces
Des souffrances accumulées, des horreurs vécues.
Nos aïeuls, le cœur vidé, trop tôt demandaient grâce.
Mais l’espoir était en nous, essuyant tout refus
D’abandon, pour à nouveau tout recommencer.
Nous sommes fiers, heureux aujourd’hui de prouver
Que nous sommes vraiment de cette race de pionniers.
« France nous étions prêts à tout te pardonner. »
Que d aucuns m’excusent s’ils m’ont trouvé trop cru,
Je n avais comme racines, la terre d’Algérie,
Et comme ceux qui y ont, longtemps, toujours cru
J ai, mon âme ulcérée qui jamais ne guérit.
Henri
(***) village d’Algérie proche d’Oran
J’ai écrit ce poème pour exprimer une forme de souffrance d’avoir coupé mes racines. J’étais Français et j’ai donc, adolescent, suivi mes parents, mutés en Métropole.
Je me souviens d’avoir vu s’éloigner du paquebot, les cotes de ce pays que j’ai aimé puisqu‘il était le berceau de mon enfance et d’avoir essuyé des larmes de « grand », conscient d’un aller sans retour.
Je lis souvent, dans le journal de saint cloud***,
Des écrits, des témoignages, des légendes.
L histoire des familles qui, venant d Anjou,
De Bretagne, d’Alsace, du Midi, des Landes,
De France, d Italie, d Espagne ou d ailleurs,
Ont fait l’histoire, si courte, si généreuse,
D’une trop belle région qui nous tenait à cœur,
Qu’on aime à se rappeler si chaleureuse.
L’Algérie, bercée au nord par la grande bleue,
S’étendant à l infini du sud saharien,
Jetait son Sirocco comme langue de feu
Du désert à son bord méditerranéen.
L’Algérie, pensait-t’on, pays de cocagne
Se distinguait par sa diversité brutale
Aridité des Djebels, froid des montagnes,
Et douceur de sa cote méridionale.
On se sentait trop bien, on se croyait chez nous…
Chrétiens, Juifs ou Musulmans, Français dans l âme,
Et l’on se côtoyait sans « se chercher des poux »
Aimant à satiété ce pays plein de charme.
Cette terre rouge ou se mêlaient pêle-mêle,
Le sang de la vigne au jaune des genets,
Sous un soleil couchant qui sentait bon le miel
La lavande, le citron et le fier oranger.
Bien sur, cette idyllique vision du décor
Cachait trop en son sein un pernicieux poison ;
Le fiel d une révolte, présemption de mort
L’avions-nous vu venir ? Etait ce fruit de raison ?
N’avons nous pas chacun creusé notre tombe
Préparant dans notre linceul d’égoïsme
Ce qui allait éclater telle une bombe :
Le désordre, la lâcheté, l’héroïsme ?
Et ce pays si beau devint ensanglanté,
relégué à son destin par l impudence
D’une politique d’abandon, par la vanité
D’un homme et le désintérêt d’une France,
Qui ne s’est malheureusement pas souvenue
Que dans son parcours historique le plus sombre
Ses fils de l’autre coté, nombreux sont venus
Pour aider les alliés à la sortir de l’ombre.
Nos grands-pères et nos pères ont traversé la mer.
Certains sont revenus et d autres y sont restés,
Honneur et gloire et larmes de nos mères.
Pourtant, là a commencé notre destinée.
Les hommes formés par cette armée française
Ces berbères, ces Kabyles et ces Mahométans
Voulaient une reconnaissance. Mais là, foutaise,
Etait ce trop vouloir pour avoir donné tant ?
Personne n’y a rien vu, personne n’a vu venir,
Ce qu ils réclamaient tant. Egalité, Fraternité,
Pas grand chose pour assurer leur devenir.
Ils ont alors voulu gagner leur liberté.
Dans le chaos des magouilles politiques
Ceux qui se devaient de protéger la France
Dans le droit de tous ses hommes, minimum civique,
Ont laissé l’Algérie se lancer dans l’errance.
O mon Algérie, qu’es-tu soudain devenue ?
Terre de souffrance, d espoir, de déceptions
Terre ou le sang versé ne se recueille plus ;
Exaspération de haine et de passion.
Dans l ombre sommeillait, bête ignominieuse
Créée dans le creuset de l incompréhension
Cette rupture inévitablement odieuse
De l’histoire de la colonisation.
Ce qu’avaient enduré nos courageux pionniers
S envolait dans la fumée des incendies,
S éparpillait dans les cris des estropiés
Hachés par les bombes de l’ennemi maudit.
J ai vécu comme eux cette dégradation
J ai tremblé pour mon père (*) qui défendait nos vies
Au péril de la sienne, comme une vocation
C était son devoir, l idéal de toute une vie.
Par un poème j’ai ouvert une parenthèse
Lui, qui méritait une autre épitaphe
Ayant vécu pour cette terre française :
L’Algérie, cette oubliée des historiographes.
Refermant à jamais cette même parenthèse,
Je poursuis dans cette inflexible allégorie
Apres avoir du cas, émis les hypothèses,
J’en arrive à conclure de ce film pourri
Mille neuf cent soixante deux, année fatale,
Sonnant le glas des espérances futiles
Jette dans la réalité, en point final,
Un exode et une résistance inutile.
Combien de familles, amputées d’être chers,
Se sont trouvées perdues dans un monde nouveau,
Traversant cette mer que l’on nommait rivière
Pour échouer parfois dans un pauvre « marigot »
D autres ont eu plus de chance ou prévu le départ,
mais tous avaient au cœur une indicible frayeur,
il fallait recommencer encore et quelque part
Il fallait rebondir, y aller de tout cœur.
Et le temps est passé sans effacer les traces
Des souffrances accumulées, des horreurs vécues.
Nos aïeuls, le cœur vidé, trop tôt demandaient grâce.
Mais l’espoir était en nous, essuyant tout refus
D’abandon, pour à nouveau tout recommencer.
Nous sommes fiers, heureux aujourd’hui de prouver
Que nous sommes vraiment de cette race de pionniers.
« France nous étions prêts à tout te pardonner. »
Que d aucuns m’excusent s’ils m’ont trouvé trop cru,
Je n avais comme racines, la terre d’Algérie,
Et comme ceux qui y ont, longtemps, toujours cru
J ai, mon âme ulcérée qui jamais ne guérit.
Henri
(***) village d’Algérie proche d’Oran
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2 commentaires
Susan* Coquelicot * · le dimanche 3 juin 2018 à 08:00
Votre joli poème m’a émue ce matin …
Je ne suis jamais allée en Algérie, mais j’ai un collègue qui à cette époque était dans le ventre de sa maman …Et est né à Paris …
Ses parents vivaient en Algérie, son père a été tué par une bombe durant cette triste période !
J’ai également, beaucoup d’ami-e-s d’Algérie qui vivent en France, qui me parlent d’Oran et d’autres lieux de ce beau pays …
Certains y retournent régulièrement et de ce faite, je vois aussi des photos.
Merci Henri pour cet excellent partage que j’ai pris plaisir à lire !
Bon dimanche à vous.
Susan
liameliavq · le mardi 5 juin 2018 à 12:54
L'écrire vous a aidé j'espère à penser vos plaies si ce n'est à les panser....
Poétiquement.
LN.
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