FRONTENAY LA PORTE INTEMPORELLE

Mes pas m’y avaient emmené, un jour de grève.
L’on m’avait dit l’endroit où le temps se repose.
Comme si le passé faisait une trêve !
Un lieu de communion, une métamorphose.
C’était un après-midi d’un octobre brumeux.
J’ai gravis le raidillon, la pente en lacet.
Un chemin à mule, cahoteux et pierreux.
S’ouvrant enfin sur l’esplanade en balconnet.
L’envoûtement sur moi s’est posé, tel un culte.
Une dalle à poète, une porte occulte.
C’est une langue de rocher, un parapet…
Oublié du monde, oublié du temps mauvais.
La vieille église figée, semblait en oubliance.
On l’aurait dit pétrifiée, inondée de silence.
Là, les beaux seigneurs ont frotté leur cuirasse.
Elle a vu tant d’humains que les années effacent.
Dressée face au ciel, elle semble ne rien attendre.
Son pignon lézardé qu’un lierre entrelace,
S’offre aux nues, aux pluies d’automne sans même se défendre.
Et même son clocher s’est tue, de guerre las.
Mais quelle magie en cet endroit oublié !
Les grands tilleuls dressant leurs branches dénudées,
Bordant l’escarpement, de part et d’autres accrochés ;
Ont vu passer les siècles, les hommes usés, tomber.
De vieilles initiales d’amoureux éperdus ;
Jointes à des cœurs gravés déjà biscornus,
Sur les troncs habillés de lichens, tordus,
Qui formaient une voûte noueuse, maintenant nue.
Une voûte vous-dis-je, jusqu’au bout du rocher.
Au sol gisait un tapis de feuilles rousses.
Je marchais jusqu’au vieil oratoire, transporté ;
Une antique chapelle couverte de mousses.
Que de prières enflammées, l’âme écorchée.
Les nuages sont passés, les ans succédés ;
Mais, je vous dis qu’elle est toujours en résonance.
Les esprits y errent encore, en pénitence.
Et puis, comme une attirance, une folle guidance ;
Presque malgré moi, mes pieds m’y ont emmené.
Hà ! le vieux cimetière, faille intemporelle !
Là où se délitent les chimères charnelles.
Il était accroché à flanc de roche.
Je m’y suis dirigé en une sainte approche.
Les nuages pressés couraient vers le nord.
J’y suis rentré, baissé les yeux…. confitéor.
Les premières gouttes de pluie tombaient sur les dalles,
Le silence recouvrait les batailles des hommes.
Mais que reste-t-il de vous, ombres médiévales.
Les inscriptions éteintes, les pierres qui dorment.
Deux angelots de porcelaine gisaient sur le sol ;
Promis aux gelées hivernales, abandonnés.
On aurait dit qu’ils cherchaient à prendre leur envol.
Deux oiseaux blessés, regard fixe, ailes brisées.
Ô, trolls et fées, créatures que le soir libère ;
Est-ce vrai que la nuit les pierres tombales gémissent ?
En ce lieu qui se prête tant à ce mystère.
Mon âme se sentait maintenant complice.
J’avais l’impression d’avoir frôlé l’essentiel.
Des ombres crépusculaires tombaient du ciel…
Je suis redescendu, troublé par cet autel.
Brûlant d’envie d’écrire mon âme sur une stèle.
yvan
L’on m’avait dit l’endroit où le temps se repose.
Comme si le passé faisait une trêve !
Un lieu de communion, une métamorphose.
C’était un après-midi d’un octobre brumeux.
J’ai gravis le raidillon, la pente en lacet.
Un chemin à mule, cahoteux et pierreux.
S’ouvrant enfin sur l’esplanade en balconnet.
L’envoûtement sur moi s’est posé, tel un culte.
Une dalle à poète, une porte occulte.
C’est une langue de rocher, un parapet…
Oublié du monde, oublié du temps mauvais.
La vieille église figée, semblait en oubliance.
On l’aurait dit pétrifiée, inondée de silence.
Là, les beaux seigneurs ont frotté leur cuirasse.
Elle a vu tant d’humains que les années effacent.
Dressée face au ciel, elle semble ne rien attendre.
Son pignon lézardé qu’un lierre entrelace,
S’offre aux nues, aux pluies d’automne sans même se défendre.
Et même son clocher s’est tue, de guerre las.
Mais quelle magie en cet endroit oublié !
Les grands tilleuls dressant leurs branches dénudées,
Bordant l’escarpement, de part et d’autres accrochés ;
Ont vu passer les siècles, les hommes usés, tomber.
De vieilles initiales d’amoureux éperdus ;
Jointes à des cœurs gravés déjà biscornus,
Sur les troncs habillés de lichens, tordus,
Qui formaient une voûte noueuse, maintenant nue.
Une voûte vous-dis-je, jusqu’au bout du rocher.
Au sol gisait un tapis de feuilles rousses.
Je marchais jusqu’au vieil oratoire, transporté ;
Une antique chapelle couverte de mousses.
Que de prières enflammées, l’âme écorchée.
Les nuages sont passés, les ans succédés ;
Mais, je vous dis qu’elle est toujours en résonance.
Les esprits y errent encore, en pénitence.
Et puis, comme une attirance, une folle guidance ;
Presque malgré moi, mes pieds m’y ont emmené.
Hà ! le vieux cimetière, faille intemporelle !
Là où se délitent les chimères charnelles.
Il était accroché à flanc de roche.
Je m’y suis dirigé en une sainte approche.
Les nuages pressés couraient vers le nord.
J’y suis rentré, baissé les yeux…. confitéor.
Les premières gouttes de pluie tombaient sur les dalles,
Le silence recouvrait les batailles des hommes.
Mais que reste-t-il de vous, ombres médiévales.
Les inscriptions éteintes, les pierres qui dorment.
Deux angelots de porcelaine gisaient sur le sol ;
Promis aux gelées hivernales, abandonnés.
On aurait dit qu’ils cherchaient à prendre leur envol.
Deux oiseaux blessés, regard fixe, ailes brisées.
Ô, trolls et fées, créatures que le soir libère ;
Est-ce vrai que la nuit les pierres tombales gémissent ?
En ce lieu qui se prête tant à ce mystère.
Mon âme se sentait maintenant complice.
J’avais l’impression d’avoir frôlé l’essentiel.
Des ombres crépusculaires tombaient du ciel…
Je suis redescendu, troublé par cet autel.
Brûlant d’envie d’écrire mon âme sur une stèle.
yvan
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