VAPEURS D'ETE

Nous étions quelques-uns uns, simples gavroches…
Maraudeurs écervelés, du vent dans les rêves…
Des billes et des scarabées dorés plein les poches…
Aux lèvres une marguerite perlée de sève.
Souvent les pieds nus, dans de vieux godillots trop grands..
Grappillant ci et là, le soir dans les vergers…
Quelques tendres rêveurs, fantasques, innocents…
Courant dans les blés murs, sauvages, émerveillés…
Les hirondelles bavardes se moquaient de nous…
Nous qui pleurions aussi fort que l’on riait…
Du bleu du ciel dans les yeux, l’on croyait à tout…
Je vous jure que souvent les coccinelles nous parlaient…
Certains petits matins, tout de clarté nappés,
Quand l’aurore frissonnait, toute blottie de brumes…
Nous partions d’aventure en bruyante équipée…
Sur une vieille barque envahie de mousse brune…
Sur l’horizon, le soleil ciselait des dentelles…
Des éclats de cristal accrochés de lumière…
Là où les nuages, éclatants, irréels…
Offrent leur chaire, s’abandonnent, fond frissonner l’air…
Nous nous enfoncions sous des frondaisons épaisses,
Qui se baissaient jusqu’à l’onde, comme pour l’embrasser.
Du bout de leur feuillage tentaient une caresse
Et la rivière frémissait, courant pour s’échapper.
La barque glissait, longeant des berges, des ombres…
Le clapotis timide caressait des lierres…
Et des racines putrides plongeant dans l’eau sombre…
Des lichens rampant s’accouplant à la terre.
Nous habitaient alors les monstres des légendes…
Des êtres des rêves d’enfants hantaient ces méandres…
Des vapeurs bleutées montaient des spectres hagards…
Nous étions seuls, loin, cernés de toutes parts…
Dans les lointains brumeux, aux contours estompés…
Perçant le brouillard de leurs troncs tordus et noirs,
S’affaissaient sur les eux de grands aulnes argentés.
Comme des mains de vieilles fées des grimoires…
Des joncs secs et décharnés, fanés, faméliques,
Mêlés de lianes gangrenées et rampantes…
De ces rivages boueux aux ombres maléfiques…
Montaient des cris rauques, comme des plaintes brûlantes.
C’était pour nous des menaces, des cris de rage…
Nous sursautions, inquiets, scrutant le feuillage.
Des appels sauvages… nous étions menacés…
Angoissés autant qu’on puisse l’être, le cœur serré…
Et tout à coup, au détour d’un bras mort…
La lueur là-bas, la clarté du jour enfin.
Des frissons de lumières auréolés d’or.
Des tâches de soleil sur les petits chemins.
Nous revenions à la vie, lumineuse et pure…
Quittant l’ombre que des rais de soleil fendaient,
Des trouées d’air, claires et dorées, des murmures.
Débordante, une bouffée de joie m’envahissait.
Il est des choses qui n’appartiennent qu’à moi.
Des instants fantastiques touchés du doigt Divin.
Quand la nuit aux silences chuchotés et froid,
Doucement laisse s’éveiller le petit matin.
Montant en ramage fous, la vie bourdonnante…
Les oiseaux chahuteurs aux gazouillis bavards…
Eclataient de vie en allégresse triomphante,
En ruissellement d’airain, en sonore étendard.
Les champs d’alentours s’étiraient de leur sommeil.
Et les couleurs, les parfums se mêlaient aux cieux…
Aux nuages de cétoines d’or flânant sur les treilles.
Aux cocoricos d’argent des lointains joyeux.
Vibrantes de lumière, les grappes de giroflées…
Aux corolles toutes frissonnantes de rosée…
Libres, fières, sensuelles, dressant leurs pétales nimbés
Tremblaient, timides, sous les caresses ensoleillées.
O, Ma jeunesse... Ô mes rêves, ma lumière…
Je m’en souviens encore, je ferme les yeux…
Les coquelicots tremblants et les ombellifères…
Fiers, dressant droit au ciel leur pistils fiévreux…
Exhalant des oxydes, comme des souffles brûlés,
Des pétales, de soleils, les odeurs, les couleurs,
Les écumes portées par l’haleine de l’été.
Les rires d’enfants, les iris moqueurs.
Transparence d’étamines, insectes aux rêves mordorés.
Rêves de fleurs, senteurs d’arc-en-ciel
Odeurs de poussière d’été mouillé...
De foins coupés, d’écorces de cèdre et de miel…
Quelques part au fond de la brûlure de l’âme…
Souvenirs évaporés, chauds comme un sourire…
Fragiles comme les parfums troublants des femmes…
Tous ces secrets d’enfants me font encore frémir.
Yvan
Maraudeurs écervelés, du vent dans les rêves…
Des billes et des scarabées dorés plein les poches…
Aux lèvres une marguerite perlée de sève.
Souvent les pieds nus, dans de vieux godillots trop grands..
Grappillant ci et là, le soir dans les vergers…
Quelques tendres rêveurs, fantasques, innocents…
Courant dans les blés murs, sauvages, émerveillés…
Les hirondelles bavardes se moquaient de nous…
Nous qui pleurions aussi fort que l’on riait…
Du bleu du ciel dans les yeux, l’on croyait à tout…
Je vous jure que souvent les coccinelles nous parlaient…
Certains petits matins, tout de clarté nappés,
Quand l’aurore frissonnait, toute blottie de brumes…
Nous partions d’aventure en bruyante équipée…
Sur une vieille barque envahie de mousse brune…
Sur l’horizon, le soleil ciselait des dentelles…
Des éclats de cristal accrochés de lumière…
Là où les nuages, éclatants, irréels…
Offrent leur chaire, s’abandonnent, fond frissonner l’air…
Nous nous enfoncions sous des frondaisons épaisses,
Qui se baissaient jusqu’à l’onde, comme pour l’embrasser.
Du bout de leur feuillage tentaient une caresse
Et la rivière frémissait, courant pour s’échapper.
La barque glissait, longeant des berges, des ombres…
Le clapotis timide caressait des lierres…
Et des racines putrides plongeant dans l’eau sombre…
Des lichens rampant s’accouplant à la terre.
Nous habitaient alors les monstres des légendes…
Des êtres des rêves d’enfants hantaient ces méandres…
Des vapeurs bleutées montaient des spectres hagards…
Nous étions seuls, loin, cernés de toutes parts…
Dans les lointains brumeux, aux contours estompés…
Perçant le brouillard de leurs troncs tordus et noirs,
S’affaissaient sur les eux de grands aulnes argentés.
Comme des mains de vieilles fées des grimoires…
Des joncs secs et décharnés, fanés, faméliques,
Mêlés de lianes gangrenées et rampantes…
De ces rivages boueux aux ombres maléfiques…
Montaient des cris rauques, comme des plaintes brûlantes.
C’était pour nous des menaces, des cris de rage…
Nous sursautions, inquiets, scrutant le feuillage.
Des appels sauvages… nous étions menacés…
Angoissés autant qu’on puisse l’être, le cœur serré…
Et tout à coup, au détour d’un bras mort…
La lueur là-bas, la clarté du jour enfin.
Des frissons de lumières auréolés d’or.
Des tâches de soleil sur les petits chemins.
Nous revenions à la vie, lumineuse et pure…
Quittant l’ombre que des rais de soleil fendaient,
Des trouées d’air, claires et dorées, des murmures.
Débordante, une bouffée de joie m’envahissait.
Il est des choses qui n’appartiennent qu’à moi.
Des instants fantastiques touchés du doigt Divin.
Quand la nuit aux silences chuchotés et froid,
Doucement laisse s’éveiller le petit matin.
Montant en ramage fous, la vie bourdonnante…
Les oiseaux chahuteurs aux gazouillis bavards…
Eclataient de vie en allégresse triomphante,
En ruissellement d’airain, en sonore étendard.
Les champs d’alentours s’étiraient de leur sommeil.
Et les couleurs, les parfums se mêlaient aux cieux…
Aux nuages de cétoines d’or flânant sur les treilles.
Aux cocoricos d’argent des lointains joyeux.
Vibrantes de lumière, les grappes de giroflées…
Aux corolles toutes frissonnantes de rosée…
Libres, fières, sensuelles, dressant leurs pétales nimbés
Tremblaient, timides, sous les caresses ensoleillées.
O, Ma jeunesse... Ô mes rêves, ma lumière…
Je m’en souviens encore, je ferme les yeux…
Les coquelicots tremblants et les ombellifères…
Fiers, dressant droit au ciel leur pistils fiévreux…
Exhalant des oxydes, comme des souffles brûlés,
Des pétales, de soleils, les odeurs, les couleurs,
Les écumes portées par l’haleine de l’été.
Les rires d’enfants, les iris moqueurs.
Transparence d’étamines, insectes aux rêves mordorés.
Rêves de fleurs, senteurs d’arc-en-ciel
Odeurs de poussière d’été mouillé...
De foins coupés, d’écorces de cèdre et de miel…
Quelques part au fond de la brûlure de l’âme…
Souvenirs évaporés, chauds comme un sourire…
Fragiles comme les parfums troublants des femmes…
Tous ces secrets d’enfants me font encore frémir.
Yvan
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1 commentaire
Dago Laborel (rivages et tombants) · le mercredi 3 décembre 2008 à 21:40
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