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PREMIER AMOUR "Le bleu"

Le mercredi 26 mars 2014 à 22:03, posté par jean carlos · 158 lectures

Ce fut Hervé qui engagea la conversation et nous nous étions mis à parler des choses sans importance, des choses de garçons qui ne donnaient pas la possibilité à la jeune fille d’intervenir. D’ailleurs, celle-ci très fréquemment, baissait la tête, visiblement gênée ce qui la fit me demander au bout d’une demi-heure si c’était dehors que je comptais la recevoir. « Si quelqu’un passe et me reconnaît, il ira sûrement le dire à mon père ». O Léonie, si seulement j’avais compris tout cela, si seulement, j’avais cherché à comprendre ce que tu me disais, nous n’en serions peut-être pas là. Mais hélas, au lieu de réfléchir, je me contentai de te demander de me suivre à l’intérieur.
D’ailleurs, qu’aurais-je pu dire d’autre ? Depuis le début de notre histoire, je commençais à le remarquer, c’était toujours elle qui prenait les initiatives pendant que moi je me contentais d’être à la traîne. C’était un peu comme si elle était plus expérimentée que moi. C’était toujours elle qui avançait les paroles que j’aurais dû dire. Je laissai mes habits dehors sous la garde de mon ami et précédai Léonie dans notre minable salon. Une fois que nous étions à l’intérieur, Léonie et moi faisions comme chez elle ; elle dégagée et moi crispé. Mon Dieu que c’est difficile d’être bleu.
Léonie avait pris place sur le banc qui était collé au mur en planches de notre piètre maison, digne du bidonville où elle était bâtie. Je vins m’asseoir à côté d’elle et par là, je me distinguai légèrement d’un bleu. Pourtant, je ne mis pas long hors de leur cercle car une fois assis à côté d’elle, je croisai les bras sur la table qui se trouvait devant nous et baissai la tête.
Pour la première fois que je devais sérieusement parler à une fille, je ne trouvais rien à lui dire ; alors que dans mes rêves, j’avais plusieurs fois passé et repassé le charmant discours que je devais tenir à la première fille de ma vie. J’avais même vu et revu des tonnes de fois, les moindres gestes romantiques que je devais faire devant la fille que mon cœur aura choisi. J’étais même allé jusqu’à imaginer le lieu où devait se dérouler notre première rencontre. Une plage déserte et romantique où le soleil dirigerait ses rayons les plus doux. Et sur cette plage, marchant sur le sable, deux êtres. Sur notre planète déserte, deux êtres : Léonie et moi. Et tout en marchant, je devais lui tenir le plus beau discours qu’un amant ait jamais pu tenir à sa bien-aimée.
Voilà qu’était arrivée l’heure des désillusions, l’heure de l’abolition des rêves, l’heure où je devais passer à l’action, l’heure de vérité et je ne me rappelais même plus de ce que j’avais toujours souhaité dire à ma bien-aimée. D’ailleurs, la présence d’un panorama autre que celui que j’avais toujours espéré bouleversait tout. Au lieu d’une plage romantique, j’avais droit à cette cabane presque grotesque ; nous étions seuls au salon mais pas au monde. J’étais assis à côté de la fille qui colorait mes rêves et au lieu de la couvrir avec de belles paroles, je pensais plutôt à battre la carpe dans son sport favori. Léonie comprit ce qui se passait et pour la première fois, je fus vraiment soulagé qu’elle engageât la conversation bien que celle-ci ne fût à proprement parlé basée sur rien de précis. Mais au moins, elle avait le mérite d’être une conversation. A ce moment, je compris pourquoi Erich Fromm affirmait que « l’amour est un art ».
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2 commentaires

fokouajeancarlos · le mercredi 26 mars 2014 à 22:07

C'est dur d'être novice en toute chose y compris l'amour.
J-C

Guy · le mercredi 26 mars 2014 à 23:25

C'est peut-être là que c'est le plus dur, d'ailleurs!
Amicalement
http://www.mespoemes.net/renato

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