CREPUSCULE
Lui, qu’un morne rictus de son sommeil libère,
Ouvre, d’un geste sec, les vieux volets grinçants
De la chambre, qu’imprègne un ennui tutélaire,
Sur une aube maussade aux reflets lactescents.
Elle, au regard brumeux, écarquille un vieux cil,
L’observe, sans le voir ; il n’est plus qu’une chose,
Qu’un meuble, avec lequel un mélange subtil,
Baigne leur existence immobile et morose.
De la fenêtre, on voit, comme d’un promontoire,
La campagne endormie s’étaler au lointain,
Les collines, les bois, les toits d’ardoise noire
Et les champs où l’on coupe et retourne le foin.
Dans le petit matin, le vol noir des corneilles
Traverse le vent frais et le nuage blanc ;
Deux femmes, dans la haie, récoltent des groseilles :
Le calme plane sur le village indolent.
Et c’est dans ce décor, sous un ciel ordinaire,
Eclairé d’un soleil aux rayons délavés,
Que s’écoulent leurs jours aux senteurs d’antiquaire,
Dans l’ombre fugitive inondant les pavés.
Et puis, cet attirail de meubles surannés !
Hors d’âge, comme ceux qui peuplent les brocantes,
Noyés de bibelots, de vieux linges fanés
Fleurant la moisissure ou la salle des ventes !
Dans l’oubli d’un boudoir antique et comateux,
Une rose se voûte au bord d’un soliflore,
Triste oriflamme sur un guéridon boiteux,
Blême, se désolant dans sa robe incolore.
Ils se parlent à peine assis devant leur table,
Echangeant quelques mots dans le grondement sourd
Des viandes dégluties dans un bruit exécrable :
Cela fait bien quinze ans qu’ils ignorent l’amour
Ouvre, d’un geste sec, les vieux volets grinçants
De la chambre, qu’imprègne un ennui tutélaire,
Sur une aube maussade aux reflets lactescents.
Elle, au regard brumeux, écarquille un vieux cil,
L’observe, sans le voir ; il n’est plus qu’une chose,
Qu’un meuble, avec lequel un mélange subtil,
Baigne leur existence immobile et morose.
De la fenêtre, on voit, comme d’un promontoire,
La campagne endormie s’étaler au lointain,
Les collines, les bois, les toits d’ardoise noire
Et les champs où l’on coupe et retourne le foin.
Dans le petit matin, le vol noir des corneilles
Traverse le vent frais et le nuage blanc ;
Deux femmes, dans la haie, récoltent des groseilles :
Le calme plane sur le village indolent.
Et c’est dans ce décor, sous un ciel ordinaire,
Eclairé d’un soleil aux rayons délavés,
Que s’écoulent leurs jours aux senteurs d’antiquaire,
Dans l’ombre fugitive inondant les pavés.
Et puis, cet attirail de meubles surannés !
Hors d’âge, comme ceux qui peuplent les brocantes,
Noyés de bibelots, de vieux linges fanés
Fleurant la moisissure ou la salle des ventes !
Dans l’oubli d’un boudoir antique et comateux,
Une rose se voûte au bord d’un soliflore,
Triste oriflamme sur un guéridon boiteux,
Blême, se désolant dans sa robe incolore.
Ils se parlent à peine assis devant leur table,
Echangeant quelques mots dans le grondement sourd
Des viandes dégluties dans un bruit exécrable :
Cela fait bien quinze ans qu’ils ignorent l’amour
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9 commentaires
Salus · le lundi 2 mars 2015 à 19:37
L'amour, sourd et aveugle
Et son attention veule,
Font du temps quotidien
Ce bien pâle Titien !
Michel ( Signes de Vie ) · le lundi 2 mars 2015 à 21:43
Bravo !
domidom · le lundi 2 mars 2015 à 22:43
Comme dit Michel, le décor est planté, le spectacle peut commencer, il ne manque rien, il y a même ce guéridon boiteux....
Je ne trouve pas les mots pour dépeindre mon ressenti, ce couple dont l'amour se meurt, dans ce cadre désuet, où depuis longtemps ne jaillit plus l'étincelle du bonheur...
Trop bien....
Domie...
louis · le lundi 2 mars 2015 à 22:54
Amitiés.
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mardi 3 mars 2015 à 08:05
Et puis, et puis, il y a la chute du dernier quatrain. Le Temps, en cette heure du crépuscule, semble s'être figé à tout jamais. La rose blême de la fin de l'avant-dernier quatrain annonce la couleur. Le bonheur s'est fanée. Après le crépuscule, le noir néant n'a plus qu'à tout recouvrir. Magnifique ambiance, cher Richard. Il ne resterait plus qu'à situer la scène....euh, voyons, au hasard.....dans la grande pièce poussiéreuse et surannées d'un vieux château....euh, non quand même....d'un vieux manoir ! sourire. Amitiés, Richard. Philip.
violette · le mardi 3 mars 2015 à 10:09
quel tableau
c'est le mien
louis · le mardi 3 mars 2015 à 13:45
Merci Violette : j'ose maintenant espérer l'abolition de vos foudres à mon encontre depuis ma "bouffonnerie" du 21/02 , (La Violonne).
Merci encore pour la beauté de vos textes.
Richard.
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 6 mars 2015 à 10:50
louis · le vendredi 6 mars 2015 à 21:06
Oui, tout cela est un peu loin maintenant, au bout de 10 ans, déjà, de retraite. Mais je fais toujours partie de l'association des anciens de ma boîte. Pour être plus précis, je travaillais pour le groupe EGIS (voir internet), société d'économie mixte, principalement dans le domaine autoroutier, en maîtrise d'œuvre. Je me rappelle que les phares des dumpers, dans la poussière et en pleine nuit avaient déjà quelque chose de dantesque !
Amitiés.
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