AU BOUT DE L'EXIL (Pour Micheline) - Repost

Ce fut comme une rupture, un impact soudain dans un recoin obscur de ma mémoire, à cet endroit inaccessible où s’entassent pêle-mêle nos désirs et notre besoin d’étouffer les voix de la conscience.
C’est l’heure où l’âme bouillonne, nue et désemparée devant l’infinitude des colonnes antiques qui se dressent sous l’aurore, à l’horizon de Paestum (1).
L’heure où les senteurs distraites des genêts sauvages et la brise marine mêlée, sont une invitation subtile à rejoindre un Panthéon invisible.
L’aurore me surprit ainsi aux pieds des colosses de pierre qui annoncent l’entrée du temple de Poséidon.
Et dans le vestibule fragile de mon âme, je déposais sans le savoir les derniers lambeaux de ma propre compassion.
En cette seconde précise j’étais à mon tour, comme ce paysage désert - et pourtant si riche de présences invisibles - qui s’étendait à mes pieds. Non pas que je me sentis purifié par quelque serment intérieur, ni simplement délivré d’un mal quotidien. J’étais. Enfin. Simplement, sans occurrence.
A l’ombre des symboles contournés par les premiers rayons obliques du soleil, comme s’ils n’osaient révéler les secrets de ces temples grecs oubliés par le temps, une phrase traversa soudain ma mémoire : « Il ne suffit pas de tracer le cercle magique de sa suffisance pour exorciser ses propres démons ».
C’est peut-être ce qu’il avait fait jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à l’instant où il s’était arrêté devant la falaise.
Percevoir de nouvelles couleurs, entendre de nouveaux sons, jusqu’à ne plus appréhender même, son propre environnement. Par un sursaut de logique, il voulut encore comparer. Se comparer, lui, matière vivante, pensante, avec les géants de pierre, immobiles et muets. Et, comme s’il percevait le mouvement imperceptible d’un pouls battant la tempe de ces colonnes affaissées, il revenait alors à la réalité.
A quelques dizaines de mètres de cet endroit magique, parvenait comme l’ébauche d’une brume, le souffle rauque du ressac achevant de mourir sur la grève. Et, à chaque retour de la vague, il voyait avec étonnement s’installer dans un coin de sa pensée la trame d’un proverbe dont il avait oublié l’origine, à moins que ce ne fut la dernière sentence d’un philosophe oriental :
« Mais la magie de l’exégèse, toujours renouvelée, assure la fausse éternité des mausolées ».
Et déjà il doutait de cette fausse plénitude, vite fabriquée de sensations fugitives : quelques ombres antiques, des senteurs iodées, une heure propice à la solitude. Il savait pourtant qu’il aurait désormais la force de ne plus jamais se retourner sur ses propres actes et sur ses certitudes bien trop accaparantes pour qu’elles ne laissent le répit nécessaire pour qu’on les dissèque. Alors seulement, il pourrait se convaincre que sa fuite était une victoire, sa fragilité une force précieuse qui désormais l’accompagnerait. Et cette vulnérabilité truquée saurait suffisamment tromper son propre miroir.
Comme une rafale de vent, la première, inattendue, lui rabattait une mèche sur le visage, il se mit à rire. Un rire sourd, lugubre, presque obscène dans le silence de la solitude des lieux. C’était, sans le savoir comme de dernier hoquet de ses remords ou de sa dérision.
Alors, d’un pas résolu, il descendit l’escalier taillé dans la pierre qui conduisait à une petite crique, au pied de la falaise. Et de ce même pas, presque fiévreux, il s’approcha de la grève.
(1) Vestiges d’une ancienne colonie grecque à une centaine de kilomètres de Naples, où subsistent trois temples d’une grande beauté.
C’est l’heure où l’âme bouillonne, nue et désemparée devant l’infinitude des colonnes antiques qui se dressent sous l’aurore, à l’horizon de Paestum (1).
L’heure où les senteurs distraites des genêts sauvages et la brise marine mêlée, sont une invitation subtile à rejoindre un Panthéon invisible.
L’aurore me surprit ainsi aux pieds des colosses de pierre qui annoncent l’entrée du temple de Poséidon.
Et dans le vestibule fragile de mon âme, je déposais sans le savoir les derniers lambeaux de ma propre compassion.
En cette seconde précise j’étais à mon tour, comme ce paysage désert - et pourtant si riche de présences invisibles - qui s’étendait à mes pieds. Non pas que je me sentis purifié par quelque serment intérieur, ni simplement délivré d’un mal quotidien. J’étais. Enfin. Simplement, sans occurrence.
A l’ombre des symboles contournés par les premiers rayons obliques du soleil, comme s’ils n’osaient révéler les secrets de ces temples grecs oubliés par le temps, une phrase traversa soudain ma mémoire : « Il ne suffit pas de tracer le cercle magique de sa suffisance pour exorciser ses propres démons ».
C’est peut-être ce qu’il avait fait jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à l’instant où il s’était arrêté devant la falaise.
Percevoir de nouvelles couleurs, entendre de nouveaux sons, jusqu’à ne plus appréhender même, son propre environnement. Par un sursaut de logique, il voulut encore comparer. Se comparer, lui, matière vivante, pensante, avec les géants de pierre, immobiles et muets. Et, comme s’il percevait le mouvement imperceptible d’un pouls battant la tempe de ces colonnes affaissées, il revenait alors à la réalité.
A quelques dizaines de mètres de cet endroit magique, parvenait comme l’ébauche d’une brume, le souffle rauque du ressac achevant de mourir sur la grève. Et, à chaque retour de la vague, il voyait avec étonnement s’installer dans un coin de sa pensée la trame d’un proverbe dont il avait oublié l’origine, à moins que ce ne fut la dernière sentence d’un philosophe oriental :
« Mais la magie de l’exégèse, toujours renouvelée, assure la fausse éternité des mausolées ».
Et déjà il doutait de cette fausse plénitude, vite fabriquée de sensations fugitives : quelques ombres antiques, des senteurs iodées, une heure propice à la solitude. Il savait pourtant qu’il aurait désormais la force de ne plus jamais se retourner sur ses propres actes et sur ses certitudes bien trop accaparantes pour qu’elles ne laissent le répit nécessaire pour qu’on les dissèque. Alors seulement, il pourrait se convaincre que sa fuite était une victoire, sa fragilité une force précieuse qui désormais l’accompagnerait. Et cette vulnérabilité truquée saurait suffisamment tromper son propre miroir.
Comme une rafale de vent, la première, inattendue, lui rabattait une mèche sur le visage, il se mit à rire. Un rire sourd, lugubre, presque obscène dans le silence de la solitude des lieux. C’était, sans le savoir comme de dernier hoquet de ses remords ou de sa dérision.
Alors, d’un pas résolu, il descendit l’escalier taillé dans la pierre qui conduisait à une petite crique, au pied de la falaise. Et de ce même pas, presque fiévreux, il s’approcha de la grève.
(1) Vestiges d’une ancienne colonie grecque à une centaine de kilomètres de Naples, où subsistent trois temples d’une grande beauté.
15 commentaires
Philip (JARDIN DE LUNE) · le jeudi 28 janvier 2016 à 07:13
Stella · le jeudi 28 janvier 2016 à 14:53
Amicalement.
Stella.
http://www.mespoemes.net/stella
Philip (JARDIN DE LUNE) · le jeudi 28 janvier 2016 à 17:43
Eh bien tant mieux si je t'ai fait voyager par ces quelques mots. J'espère avoir transcrit l'environnement magique de l'endroit où j'ai transporté mon personnage (transporté dans le double sens "être émerveillé". Bonne soirée à toi, Nathalie. Bises. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
lilo · le vendredi 29 janvier 2016 à 09:37
insaisissables ressentis face à l'éternité de l'histoire
face à la grandeur des paysages se sentir entier et sans artifice même l'espace d'un battement de cil..
merci pour tes vers, bisous
Philip (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 29 janvier 2016 à 13:05
"Nos ruines intérieures" ! Eh oui, ta réflexion est à méditer. Méditer aussi le sens du Beau. Merci, mon amie pour ce magnifique com'. Bisous et amitiés, Lilo. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
guillaume · le samedi 30 janvier 2016 à 02:45
Micheline 1940 · le mardi 2 février 2016 à 03:11
Mille amitiés,
Micheline.
Philip (JARDIN DE LUNE) · le mardi 2 février 2016 à 12:31
Bien chère Micheline, mais oui ce texte vous/tu était dédicacé, en toute amitié, car je sais combien tu/vous aimes l'Italie.
Quel bonheur j'ai eu de faire ces voyages et j'avoue, quand je les ai fait avoir pensé aux romantiques qui m'avaient précédé. Mes yeux gardent encore l'empreinte de ces souvenirs.
Je vais bientôt écrire sur Venise et les mosaïques byzantines !
Avec toute ma charmante amitié. Prends/prenez bien soin de vous/toi, chère Micheline et à très bientôt. Philip
Philip (JARDIN DE LUNE) · le mardi 2 février 2016 à 12:32
Couleurs, mots, senteurs. Tu as très bien perçu ces alliances, Guillaume et je t'en remercie. Bien à toi. Amitiés. Philip.
Lucille · le jeudi 18 février 2016 à 16:25
Philip (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 19 février 2016 à 07:57
Hello Lucille. C'est très sympa d'avoir pris le temps de me faire une petite visite, surtout que tu n'as pas toujours le temps.
Et très heureux que mon écrit très méditerranéen t'ait interpellé. Ah, c'est différents de cet autre enchantement que les bords du Saint-Laurent ou les forêts d'érables !
Dire que cette année mes pas vont sans doute me conduire à New York City, en principe et peut-être même aux Niagara Falls....donc pas si loin que ça du Saint-Laurent. Et toi, prendras-tu le temps de poster un poème ? Ca fera plaisir à tout le monde. Prends soin de toi. Amitiés, Lucille. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
Lucille · le samedi 20 février 2016 à 16:49
Philip (JARDIN DE LUNE) · le dimanche 21 février 2016 à 07:58
Eh bien, il me semble que c'est fait. Ton "je posterai quelque chose PROCHAINEMENT", c'est....du passé !
Oui, les absents du forum ! Certains sont partis. D'autre on fait face aux infortunes de la vie. C'est triste et c'est comme ça. Amitiés Lucille et, patience, bientôt un beau printemps québecquois pour toi, j'espère. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
quercylibre melifica · le lundi 22 février 2016 à 13:20
Pourrais tu me préciser le lieu où se trouvent ces temples coordonnées ou bien le nom du village le plus proche.
Merci.
jean Jacques.
Philip (JARDIN DE LUNE) · le mardi 23 février 2016 à 12:52
Le magnifique temple de Paestum, en Italie se trouve à proximité de la ville de SALERNE (environ 25 km au sud, c'est la plus grande ville, et c'est en bord de Méditerranée. C'est environ 100 km au sud de Naples et avant Salerne il y a l'époustouflante c^te amalfitaine (Ravello, Amalfi, Sorrente, et avant Naples, l'ile de Capri). Le voyage global vaut le détour. Voilà. J'espère que ces informations te donneront envie d'y aller. Bien à toi. Amicalement. Philip
Le village le plus proche d'appelle "Licinella Torre di Paestum"/
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
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