Affamé(e) Par Les Loups
AVERTISSEMENT
Ce texte est protégé par les droits d’auteur.
En conséquence avant son exploitation vous devez obtenir l’autorisation de l’auteur soit directement auprès de lui, soit auprès de l’organisme qui gère ses droits (la SACD par exemple pour la France).
Pour les textes des auteurs membres de la SACD, la SACD peut faire interdire la représentation le soir même si l'autorisation de jouer n'a pas été obtenue par la troupe.
Le réseau national des représentants de la SACD (et leurs homologues à l'étranger) veille au respect des droits des auteurs et vérifie que les autorisations ont été obtenues, même a posteriori.
Lors de sa représentation la structure de représentation (théâtre, MJC, festival…) doit s’acquitter des droits d’auteur et la troupe doit produire le justificatif d’autorisation de jouer. Le non respect de ces règles entraîne des sanctions (financières entre autres) pour la troupe et pour la structure de représentation.
Ceci n’est pas une recommandation, mais une obligation, y compris pour les troupes amateurs.
Merci de respecter les droits des auteurs afin que les troupes et le public puissent toujours profiter de nouveaux textes.
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2e et 3e a) d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayant cause est illicite » (art. L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon, sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Théâtre Mame-Egning ! Pour A Nue Productions, juillet 2008. Tous droits réservés.
Titre : Affamé(e) Par Les Loups.
Auteur : A Nue Productions - Théâtre Mame-Egning!
Mail : [email protected]
Genre : Monologue Poétique
Durée : Environ 20 minutes, selon la mise en scène.
Décor : Une scène dans l’ombre. Une grande table, haute et ronde. Un peu plus loin en face d’elle un tabouret haut et noir.
Costumes : Le personnage porte un très beau smoking noir.
Distribution : Un homme ou une femme
Public visé : Adulte et adolescent
Résumé : Un homme à la mer ! Mais il s’agit vraisemblablement d’une âme à terre. Le personnage compose des lamentations sur la loi de la survie. On oublie trop souvent de hurler avec les Loups…
Dans une pièce baignée d’une ombre bien sombre, tourne une grande table ronde sur elle-même, comme une toupie. Très lentement. Au-dessus de la table, comme des filets de lumières grises, mouvantes, suspendues dans les airs. Un homme (une femme), le visage ravagé, est assis, à quelques centimètre de la table tournante, sur un haut tabouret noir. Son visage est ravagé par la pauvreté, ses yeux brillent de la colère de la privation. Il (elle) porte des vêtements paradoxalement très luxueux. Un magnifique smoking noir qui brille sur la scène. Mais le personnage a le regard bien dur et un air misérable. Le visage est humide de sueur. Il (elle) se gratte, regarde frénétiquement, plusieurs fois, à gauche et à droite. Il (elle) regarde à nouveau son bras gauche, gratte distraitement sa main droite en regardant devant lui. Il (elle) lève les yeux vers les filets mouvants de lumières grises.
La chose est brisée. Les débris dans ma gorge, éparse la douleur dans mes chairs. L’instinct m’a trompé, anéanti par des nantis d’opprobre. Même les angles majestueux des montagnes m’ont abusé.
La table arrête de tourner. Le personnage se lève, fait des pas lents, l’un devant l’autre.
J’ai glissé contre l’accolade d’une parenthèse, le cul dans la virgule de l’insanité, l’autre organe, assommé par le point de ma propre bêtise. J’ai parjuré.
Quelques secondes de silence.
Contre personne. Des reliques de rien. Des tas d’invisibles. Des sommités sans royaumes. (Pause. Contre rien.
Les pas du personnage s’arrêtent et restent de profil par rapport au public. Son visage est plongé dans l’obscurité. Ses déplacements ressemblent à ceux d’une ombre.
Des infections de riens. Toutes basées sur des ombres des vides.
Le personnage esquisse un pas, puis se ravise.
Il y’a longtemps, je ne m’en souviens plus. J’ai tout oublié de cette époque. Mais de mémoire, j’ai cumulé des conflits basés sur des riens. Il fut des temps, ces époques haï, des fantasmes horripilés, où j’aurais aimé me vanter, déclarer. Que je suis seul(e). Ejecté de ma propre existence.
Le personnage pivote sur lui-même et fait lentement le chemin en sens inverse. Voix calme, tranquille.
J’aurais pu tout oublier. Esprit meurtri, mental abruti. Ils m’ont tout fait pardonner. Comme elle est grande, ce besoin, cette noblesse de vie, ce croissant de brise forte qui monte et qui hurle. Que je vous hais.
L’ombre baisse la tête.
J’ai rêvé d’être un(e) autre. Ils ont brûlé mes masques. Cendres exposées, essences envolées. J’ai prévu, gourmand(e) de gloire et de misères, être possédé par la vision. Ce don, cet organe d’amour, pour me conduire dans des vécus, l’apprentissage des morts des âmes communes. J’au bu du poison et ils ont violé et fait tourner tous mes secrets.
Le personnage sans visage s’assoit sur le tabouret. Lentement, presque lourdement.
J’ai inventé un jardin (rire silencieux dans la voix). Aucune originalité. De longues heures, je préparais la plante du rêve qui, jamais, ne put croître. Coupée et brûlée jusqu’au dernier cheveu de racine.
Petit silence.
Je refuse de prier. Sur ces riens. Ces abstractions venues de mon être. Ce besoin, de l’Homme, d’être oppresseur. Je refuse la pitié, cet essor de la violence de la dignité contre la mienne, qui s’enfuit toujours. Par prudence. J’ai refusé le parfum, des semis indésirables qui, désormais, ont asservi mon jardin. Je mendie pourtant. Je mendie.
Les jambes se croisent.
Comme un immense tombeau sur la place publique, on me respecte par esquive. Faut-il s’étonner des nuits si longues, envahies de ces bruits dans ma tête, de ces souffles de questions dans on cœur. Ces angoisses du ventre et de la peau qui m’ont fini, petit à petit. Se régaler sur des riens. Convoiter des miettes de moins que personne. Encore des riens. Dire, qu’il y a des années, je pensais qu’avoir la vie devant soi c’était avoir le courage de bâtire, et non stimuler la rage de ne pas mourir, dévoré par des Loups. Tous ces riens. ..des matins aux chants lugubres, des hosties comme pleine d’épices, et comme des rires de Diables enfantins sortis d’un miroir qui longtemps a vu.
Le personnage parcourt son visage sans le toucher.
Je scrute mon reflet, ces milliers de plis pour des milliards d’usures, ces trampolines, nids à ressort de colères, chagrins et tellement de hontes. Te souviendras-tu, mon ami, pauvre moi-même, combien on a été beau de savoir croire que la vie était belle ?
L’homme (la femme) laisse retomber sa main. Il (elle) lance quelques regards furtifs sur un côté, comme par crainte ou inquiétude.
D’autres se nourrissent de vermines, moi, du vent des palabres échappés des fenêtres des imprudents. Le monde est vaste et ses habitants tellement profonds de leurs habitudes…Ces trésors (en caressant le bras de son beau smoking). Tout droit sorti d’usine ; très cher à donner pour un vrai mort.
Il(elle) hausse légèrement les épaules, recule le buste en arrière.
Le sort ne m’a pas choisi. Les loups ont aimé le goût de mon sang qui, dorénavant manque à mes veines, empoisonne mon cœur. Comme il est aberrant, d’être soi-même et pour son propre être, un anti-gène, un poison. Le premier amour est souvent très tenace. Alors, à contre vent, je teinte ma peau, j’endosse une bosse. Avoir l’impression de vivre, à travers la vie des gens, leurs joies, cet amour. Violer aussi leurs chagrins, inonder leurs plaines d’excréments, parsemer leurs rêves de hantises. C’est si agréable, parfois, ces bonheurs souillés, comme confisqués.
Le personnage attrape son bras, comme s’il souffrait. Il murmure :
C’est la morsure des Loups, la pénitence des fauves, les rebus de ce que j’ai peut-être toujours dû être. Si cher à payer, ces parjures sur des riens.
Il (elle) décroise les jambes.
Je brille par imitation de la perfidie de mes ennemis. Dorénavant. Si j’ai eu besoin d’aide, j’ai entendu vos rires. Quand les désirs m’ont étreint, vous les avez brisés de vos dires, des morceaux choisis. En sous-sphère, sous capitulation, dénudé par ces bouts épars de chemins, l’amnésie m’a saisit.
Un silence.
Une dune sur la mer, un château dans le ciel, des escaliers dans une brume d’arc-en-ciel. Ai-je rêvé si mal ?
Un autre silence. Le personnage baisse un instant la tête.
Attablé par mi les fauves, ma nature me faisant défaut, même les os m’ont échappé. Hargneux et si instables, ils m’ont battu de leurs ironies, drôles de leçons pour celui (celle) qui n’a jamais connu sa propre vie. A cette table, comme à leur table, il aurait fallut que je voie ; il aurait été souhaitable que j’entende en intelligence. Comme un non mort, mon esprit était parmi eux, enchaîné à cette table, sans comprendre l’ampleur de ma famine, de cette immonde misère à venir. Qu’aurais-je initier, en acte, seule au milieu de ces emprunts de loups ? Et pourtant, songeriez-vous, mes doigts saignent, de ces griffes, ces morsures, des barreaux contre les mets de la vie. Me diriez-vous, qu’en occupation, il y’ a la choix de l’âme. Possible. Si noble, ce choix, seuls les royaumes des morts l’entendront.
Une obscurité plus profonde envahit la scène. Le personnage croise à nouveau les jambes. On découvre ses pieds nus.
Etre affamé de chair est être privé de joies. C’est l’usure par le fouet de ferraille du monde qui pli, cisaille. Affamé par les loups, égaré par la non raison, ahuri que, finalement, ces non rien, m’aient dépossédé. Hanté, entêté, les caves interdites des dessous de l’évolution humaine. Je dévore, consume, les plus petites insanités. Me mesure, charognard, aux défaites inespérées d’anciennes édifices humaines. Où est la cause. A t-on jamais eu raison ? Mes torts ? La chance que ces loups aient dédaigné ma chair. Ma peau comme fourrure, les nuits, longues, sont si semblables. Mais les imprudents, les bannis, ces otages désaxés, c’est terrible, comme l’ampleur et les tons des airs de leurs complaintes sont différents. Ces complaintes, lugubres et poétiques, qui épaississent la nuit.
RIDEAU
Ce texte est protégé par les droits d’auteur.
En conséquence avant son exploitation vous devez obtenir l’autorisation de l’auteur soit directement auprès de lui, soit auprès de l’organisme qui gère ses droits (la SACD par exemple pour la France).
Pour les textes des auteurs membres de la SACD, la SACD peut faire interdire la représentation le soir même si l'autorisation de jouer n'a pas été obtenue par la troupe.
Le réseau national des représentants de la SACD (et leurs homologues à l'étranger) veille au respect des droits des auteurs et vérifie que les autorisations ont été obtenues, même a posteriori.
Lors de sa représentation la structure de représentation (théâtre, MJC, festival…) doit s’acquitter des droits d’auteur et la troupe doit produire le justificatif d’autorisation de jouer. Le non respect de ces règles entraîne des sanctions (financières entre autres) pour la troupe et pour la structure de représentation.
Ceci n’est pas une recommandation, mais une obligation, y compris pour les troupes amateurs.
Merci de respecter les droits des auteurs afin que les troupes et le public puissent toujours profiter de nouveaux textes.
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2e et 3e a) d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayant cause est illicite » (art. L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon, sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Théâtre Mame-Egning ! Pour A Nue Productions, juillet 2008. Tous droits réservés.
Titre : Affamé(e) Par Les Loups.
Auteur : A Nue Productions - Théâtre Mame-Egning!
Mail : [email protected]
Genre : Monologue Poétique
Durée : Environ 20 minutes, selon la mise en scène.
Décor : Une scène dans l’ombre. Une grande table, haute et ronde. Un peu plus loin en face d’elle un tabouret haut et noir.
Costumes : Le personnage porte un très beau smoking noir.
Distribution : Un homme ou une femme
Public visé : Adulte et adolescent
Résumé : Un homme à la mer ! Mais il s’agit vraisemblablement d’une âme à terre. Le personnage compose des lamentations sur la loi de la survie. On oublie trop souvent de hurler avec les Loups…
Dans une pièce baignée d’une ombre bien sombre, tourne une grande table ronde sur elle-même, comme une toupie. Très lentement. Au-dessus de la table, comme des filets de lumières grises, mouvantes, suspendues dans les airs. Un homme (une femme), le visage ravagé, est assis, à quelques centimètre de la table tournante, sur un haut tabouret noir. Son visage est ravagé par la pauvreté, ses yeux brillent de la colère de la privation. Il (elle) porte des vêtements paradoxalement très luxueux. Un magnifique smoking noir qui brille sur la scène. Mais le personnage a le regard bien dur et un air misérable. Le visage est humide de sueur. Il (elle) se gratte, regarde frénétiquement, plusieurs fois, à gauche et à droite. Il (elle) regarde à nouveau son bras gauche, gratte distraitement sa main droite en regardant devant lui. Il (elle) lève les yeux vers les filets mouvants de lumières grises.
La chose est brisée. Les débris dans ma gorge, éparse la douleur dans mes chairs. L’instinct m’a trompé, anéanti par des nantis d’opprobre. Même les angles majestueux des montagnes m’ont abusé.
La table arrête de tourner. Le personnage se lève, fait des pas lents, l’un devant l’autre.
J’ai glissé contre l’accolade d’une parenthèse, le cul dans la virgule de l’insanité, l’autre organe, assommé par le point de ma propre bêtise. J’ai parjuré.
Quelques secondes de silence.
Contre personne. Des reliques de rien. Des tas d’invisibles. Des sommités sans royaumes. (Pause. Contre rien.
Les pas du personnage s’arrêtent et restent de profil par rapport au public. Son visage est plongé dans l’obscurité. Ses déplacements ressemblent à ceux d’une ombre.
Des infections de riens. Toutes basées sur des ombres des vides.
Le personnage esquisse un pas, puis se ravise.
Il y’a longtemps, je ne m’en souviens plus. J’ai tout oublié de cette époque. Mais de mémoire, j’ai cumulé des conflits basés sur des riens. Il fut des temps, ces époques haï, des fantasmes horripilés, où j’aurais aimé me vanter, déclarer. Que je suis seul(e). Ejecté de ma propre existence.
Le personnage pivote sur lui-même et fait lentement le chemin en sens inverse. Voix calme, tranquille.
J’aurais pu tout oublier. Esprit meurtri, mental abruti. Ils m’ont tout fait pardonner. Comme elle est grande, ce besoin, cette noblesse de vie, ce croissant de brise forte qui monte et qui hurle. Que je vous hais.
L’ombre baisse la tête.
J’ai rêvé d’être un(e) autre. Ils ont brûlé mes masques. Cendres exposées, essences envolées. J’ai prévu, gourmand(e) de gloire et de misères, être possédé par la vision. Ce don, cet organe d’amour, pour me conduire dans des vécus, l’apprentissage des morts des âmes communes. J’au bu du poison et ils ont violé et fait tourner tous mes secrets.
Le personnage sans visage s’assoit sur le tabouret. Lentement, presque lourdement.
J’ai inventé un jardin (rire silencieux dans la voix). Aucune originalité. De longues heures, je préparais la plante du rêve qui, jamais, ne put croître. Coupée et brûlée jusqu’au dernier cheveu de racine.
Petit silence.
Je refuse de prier. Sur ces riens. Ces abstractions venues de mon être. Ce besoin, de l’Homme, d’être oppresseur. Je refuse la pitié, cet essor de la violence de la dignité contre la mienne, qui s’enfuit toujours. Par prudence. J’ai refusé le parfum, des semis indésirables qui, désormais, ont asservi mon jardin. Je mendie pourtant. Je mendie.
Les jambes se croisent.
Comme un immense tombeau sur la place publique, on me respecte par esquive. Faut-il s’étonner des nuits si longues, envahies de ces bruits dans ma tête, de ces souffles de questions dans on cœur. Ces angoisses du ventre et de la peau qui m’ont fini, petit à petit. Se régaler sur des riens. Convoiter des miettes de moins que personne. Encore des riens. Dire, qu’il y a des années, je pensais qu’avoir la vie devant soi c’était avoir le courage de bâtire, et non stimuler la rage de ne pas mourir, dévoré par des Loups. Tous ces riens. ..des matins aux chants lugubres, des hosties comme pleine d’épices, et comme des rires de Diables enfantins sortis d’un miroir qui longtemps a vu.
Le personnage parcourt son visage sans le toucher.
Je scrute mon reflet, ces milliers de plis pour des milliards d’usures, ces trampolines, nids à ressort de colères, chagrins et tellement de hontes. Te souviendras-tu, mon ami, pauvre moi-même, combien on a été beau de savoir croire que la vie était belle ?
L’homme (la femme) laisse retomber sa main. Il (elle) lance quelques regards furtifs sur un côté, comme par crainte ou inquiétude.
D’autres se nourrissent de vermines, moi, du vent des palabres échappés des fenêtres des imprudents. Le monde est vaste et ses habitants tellement profonds de leurs habitudes…Ces trésors (en caressant le bras de son beau smoking). Tout droit sorti d’usine ; très cher à donner pour un vrai mort.
Il(elle) hausse légèrement les épaules, recule le buste en arrière.
Le sort ne m’a pas choisi. Les loups ont aimé le goût de mon sang qui, dorénavant manque à mes veines, empoisonne mon cœur. Comme il est aberrant, d’être soi-même et pour son propre être, un anti-gène, un poison. Le premier amour est souvent très tenace. Alors, à contre vent, je teinte ma peau, j’endosse une bosse. Avoir l’impression de vivre, à travers la vie des gens, leurs joies, cet amour. Violer aussi leurs chagrins, inonder leurs plaines d’excréments, parsemer leurs rêves de hantises. C’est si agréable, parfois, ces bonheurs souillés, comme confisqués.
Le personnage attrape son bras, comme s’il souffrait. Il murmure :
C’est la morsure des Loups, la pénitence des fauves, les rebus de ce que j’ai peut-être toujours dû être. Si cher à payer, ces parjures sur des riens.
Il (elle) décroise les jambes.
Je brille par imitation de la perfidie de mes ennemis. Dorénavant. Si j’ai eu besoin d’aide, j’ai entendu vos rires. Quand les désirs m’ont étreint, vous les avez brisés de vos dires, des morceaux choisis. En sous-sphère, sous capitulation, dénudé par ces bouts épars de chemins, l’amnésie m’a saisit.
Un silence.
Une dune sur la mer, un château dans le ciel, des escaliers dans une brume d’arc-en-ciel. Ai-je rêvé si mal ?
Un autre silence. Le personnage baisse un instant la tête.
Attablé par mi les fauves, ma nature me faisant défaut, même les os m’ont échappé. Hargneux et si instables, ils m’ont battu de leurs ironies, drôles de leçons pour celui (celle) qui n’a jamais connu sa propre vie. A cette table, comme à leur table, il aurait fallut que je voie ; il aurait été souhaitable que j’entende en intelligence. Comme un non mort, mon esprit était parmi eux, enchaîné à cette table, sans comprendre l’ampleur de ma famine, de cette immonde misère à venir. Qu’aurais-je initier, en acte, seule au milieu de ces emprunts de loups ? Et pourtant, songeriez-vous, mes doigts saignent, de ces griffes, ces morsures, des barreaux contre les mets de la vie. Me diriez-vous, qu’en occupation, il y’ a la choix de l’âme. Possible. Si noble, ce choix, seuls les royaumes des morts l’entendront.
Une obscurité plus profonde envahit la scène. Le personnage croise à nouveau les jambes. On découvre ses pieds nus.
Etre affamé de chair est être privé de joies. C’est l’usure par le fouet de ferraille du monde qui pli, cisaille. Affamé par les loups, égaré par la non raison, ahuri que, finalement, ces non rien, m’aient dépossédé. Hanté, entêté, les caves interdites des dessous de l’évolution humaine. Je dévore, consume, les plus petites insanités. Me mesure, charognard, aux défaites inespérées d’anciennes édifices humaines. Où est la cause. A t-on jamais eu raison ? Mes torts ? La chance que ces loups aient dédaigné ma chair. Ma peau comme fourrure, les nuits, longues, sont si semblables. Mais les imprudents, les bannis, ces otages désaxés, c’est terrible, comme l’ampleur et les tons des airs de leurs complaintes sont différents. Ces complaintes, lugubres et poétiques, qui épaississent la nuit.
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