LA MARE AUX CRAPAUDS

Il y avait, au fond de notre jardin d’enfance,
Une flache nonchalante, en lumineuse dormance.
Une mare d’ombre, marigot étincelés de soleil.
Qui caressait les saules argentés de vermeille.
Nous étions quelques échevelés, des rêveurs…
Pieds nus, braillards, des hannetons dans les poches.
C’était tout notre monde et mon château, une simple roche.
Là s’est fait des batailles, des empires, glanée l’honneur.
Et quand le soir tombait, nos yeux pleins de rêves,
Dans ma chambre baignée des chants de grillons.
De mes actes de conquêtes ne pouvant faire trêve.
Je plongeais alors dans des nuages de papillons.
Mais souvent, à l’heure de la colombe, au petit matin,
Quand s’entrouvrent les nymphéas, aux violines charnelles,
J’y courais, ensommeillés, le bol de lait en main.
Chercher mon épée de bois que j’avais oublié la veille.
Et je restais là, éperdu, émerveillé…
Attendant mes amis, l’étendard au côté.
Quand les libellules aux yeux d’or virevoltaient.
Tandis qu’un nuage d’hirondelles gazouillait.
Dansant sur les eaux, une poussière de pollen,
Dessinait des arabesques mordorées…
Et venait s’échouer timidement aux lichens…
Du bout de ses entrelacements oxydés.
Et puis, quelques fois, des monstres remontaient.
Des poissons noirs, par des chats de pleines lunes, croisés.
Et ils nous regardaient… j’en étais terrifié.
Et puis soudain, dans l’ombre profonde plongeaient.
Ces berges à crapauds était notre royaume…
Terre de rêves, d’enchantement, parcourues de gnomes.
Allongé sur la grève, perdu, ébouriffé…
Je nourrissais mon âme d’ineffables beautés.
Je ferme les yeux… ô, je me souviens encore.
Les iris fiers et les scarabées aux reflets d’or.
Les champs de coquelicots et les ombellifères.
Les moineaux moqueurs, et les grandes fougères.
Omon enfance, ma jeunesse, mes rêves, ma folie !
Les odeurs de foins coupés, les nuits étoilées…
Et cette chambre de vacances au papier suranné…
Toutes ces années magiques m’ont à jamais ravis..
La terre a but nos secrets et nos jeux flamboyants.
Les fées ne rient plus de nous, ni ne murmurent….
Elles ne savent chanter qu’au fond des cœurs frissonnants..
Car le temps, toujours, tue ces superbes augures.
Chut… Il est inutile de le dire aux enfants…
Ne sont poètes que les fous… rêveurs innocents.
Et je revendique ce qu’il me reste, mon seul bien !
Car il n’y a de vraie richesse qu’en l’âme des gamins…
Yvan
Une flache nonchalante, en lumineuse dormance.
Une mare d’ombre, marigot étincelés de soleil.
Qui caressait les saules argentés de vermeille.
Nous étions quelques échevelés, des rêveurs…
Pieds nus, braillards, des hannetons dans les poches.
C’était tout notre monde et mon château, une simple roche.
Là s’est fait des batailles, des empires, glanée l’honneur.
Et quand le soir tombait, nos yeux pleins de rêves,
Dans ma chambre baignée des chants de grillons.
De mes actes de conquêtes ne pouvant faire trêve.
Je plongeais alors dans des nuages de papillons.
Mais souvent, à l’heure de la colombe, au petit matin,
Quand s’entrouvrent les nymphéas, aux violines charnelles,
J’y courais, ensommeillés, le bol de lait en main.
Chercher mon épée de bois que j’avais oublié la veille.
Et je restais là, éperdu, émerveillé…
Attendant mes amis, l’étendard au côté.
Quand les libellules aux yeux d’or virevoltaient.
Tandis qu’un nuage d’hirondelles gazouillait.
Dansant sur les eaux, une poussière de pollen,
Dessinait des arabesques mordorées…
Et venait s’échouer timidement aux lichens…
Du bout de ses entrelacements oxydés.
Et puis, quelques fois, des monstres remontaient.
Des poissons noirs, par des chats de pleines lunes, croisés.
Et ils nous regardaient… j’en étais terrifié.
Et puis soudain, dans l’ombre profonde plongeaient.
Ces berges à crapauds était notre royaume…
Terre de rêves, d’enchantement, parcourues de gnomes.
Allongé sur la grève, perdu, ébouriffé…
Je nourrissais mon âme d’ineffables beautés.
Je ferme les yeux… ô, je me souviens encore.
Les iris fiers et les scarabées aux reflets d’or.
Les champs de coquelicots et les ombellifères.
Les moineaux moqueurs, et les grandes fougères.
Omon enfance, ma jeunesse, mes rêves, ma folie !
Les odeurs de foins coupés, les nuits étoilées…
Et cette chambre de vacances au papier suranné…
Toutes ces années magiques m’ont à jamais ravis..
La terre a but nos secrets et nos jeux flamboyants.
Les fées ne rient plus de nous, ni ne murmurent….
Elles ne savent chanter qu’au fond des cœurs frissonnants..
Car le temps, toujours, tue ces superbes augures.
Chut… Il est inutile de le dire aux enfants…
Ne sont poètes que les fous… rêveurs innocents.
Et je revendique ce qu’il me reste, mon seul bien !
Car il n’y a de vraie richesse qu’en l’âme des gamins…
Yvan
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1 commentaire
madie · le vendredi 28 novembre 2008 à 10:41
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